greeneRoman de Graham Greene (1958)
Livres de Graham Greene déjà lus : aucun

Quatrième de couverture :
Jim Wormold est un paisible vendeur d'aspirateurs de La Havane, en cette période de Guerre froide et de début de la révolution castriste. Et Wormold a un problème : sa fille, Milly, qu'il adore, est à la fois catholique et extrêmement dépensière au regard des modestes revenus de son père. Aussi quand on propose à Wormold de devenir agent des Services secrets britanniques, il y voit surtout l'opportunité de revenus rapides. Et comme l'espionnage ne le passionne guère, il se met à transmettre à Londres des événements qui n'ont existé que dans son imagination fertile, et il commence à recruter à grands frais des collaborateurs fantômes...

Mon avis :graham_greene
Ecrit en pleine Guerre Froide, Notre agent à La Havane s'inspire de l'expérience de Graham Greene en tant qu'espion britannique lors de la Seconde Guerre mondiale. Et en effet, son roman sent le vécu. Loin de l'univers de l'agent 007, des explosions et des James Bond girls, nous découvrons ici le quotidien d'un homme qui s'est fait recruté malgré lui dans un réseau dont il ne connaît rien. Mais loin d'en faire une histoire classique, Greene décide de nous raconter les aventures de Wormold sous la forme d'une parodie de roman d'espionnage.
Déjà le héros n'accepte de devenir un agent que par volonté d'amasser quelques sous de plus. On est bien loin de l'agent engagé corps et âme aux services secrets de sa majesté. Et Wormold, n'y connaissant rien à sa nouvelle profession, ne sachant qui ou quoi surveiller, commence à inventer ses informations, afin de recevoir de l'argent. C'est à partir de là que le roman prend une tournure burlesque. Sa façon d'engager de nouveaux agents, à ce titre, est à mourir de rire.
Puis vient le moment où la réalité dépasse la fiction. Les agents qu'il s'était inventés commencent à prendre corps et une existence propre. En s'inventant une activité, il s'est attiré de nouveaux ennemis qui le prennent pour une menace pour tout Cuba. Comment ne pas voir ici le rapport d'un écrivain à ses personnages, lorsque ceux-ci deviennent une entité à part dont l'auteur ne peut plus faire ce qu'il veut. Comme des personnages de fiction qui acquièrent leur propre logique, les agents de Wormold deviennent de vrais agents aux yeux de tous.
Dans ce Cuba pré-castriste, tout le monde est potentiellement un espion pour son pays. Et cela va rendre Wormold complètement parano. Il en vient à douter de tout le monde, et cela amène à la scène la plus drôle, mais aussi la plus tendue du roman, digne d'un suspense hitchcockien. Wormold apprend qu'"ils" veulent le supprimer, probablement par empoisonnement lors d'un meeting de l'Association des commerçants européens. Sa façon de se méfier de tout le monde et de tout ce qui ressemble à de la nourriture, tout en essayant de rester naturel, agit tout aussi bien sur vos nerfs que sur vos zygomatiques.
Grâce à des personnages secondaires truculents, du vieux docteur allemand Hasselbacher au capitaine Segura, Greene nous dépeint un portrait du Cuba sur le point de devenir communiste, en profitant pour égratigner une Amérique  capitaliste qui divise plus qu'elle ne réunit, dans un cynisme à toute épreuve.
Un auteur à découvrir...

Premières lignes :
    - Ce Noir qui descend dans la rue, dit le docteur Hasselbacher debout dans le Wonder Bar, il me fait penser à vous, Mr Wormold.
   C'était caractéristique du docteur Hasselbacher qu'après quinze ans de relations amicales il se servît encore du terme "Mister" : son amitié progressait avec la lenteur et la sûreté d'un diagnostic prudent. Sur son lit de mort, quand le docteur Hasselbacher viendrait tâter son pouls défaillant, Wormold deviendrait peut-être Jim.

A0008434Ce roman a été adapté au cinéma par Carol Reed en 1959 sous le titre Notre agent à La Havane, avec dans les rôles principaux Alec Guinness, Burl Ives et Maureen O'Hara.