9782234054844_GRoman de Ken Kesey (1962), également paru sous le titre La Machine à brouillard
Livres de Ken Kesey déjà lus : aucun

Quatrième de couverture :
Dans un asile psychiatrique, l'infirmière en chef, Miss Mildred Ratched, dirige son service d'une main de fer, réduisant l'existence des pensionnaires à un état quasi végétatif. L'arrivée d'un nouveau patient, Randle Patrick McMurphy, va bouleverser la routine quotidienne de l'établissement...

Mon avis :
Il est des films tellement importants dans l'histoire du cinéma qu'on en oublie qu'ils sont l'adaptation d'un roman. Par exemple, peu de gens se souviennent qui a écrit Psychose ou Orange mécanique. Malheureusement pour moi, je n'ai encore jamais vu l'adaptation de Milos Forman, considérée comme un des films majeurs des années 70.
Ce roman nous raconte donc la confrontation entre une infirmière tyrannique et un nouveau venu, qui a bien décidé de garder son espace de liberté. Dans un hôpital qui pue la mort, ou les patients sont soit cloués au lit, soit enfermés dans une salle le regard absent, McMurphy va mettre un coup de pied dans la fourmilière. Ce personnage est d'autant plus intéressant qu'on se demandera jusqu'à la fin s'il est vraiment un psychopathe comme il a été jugé. Dans l'histoire, il revêt plutôt l'apparence d'un homme normal enfermé dans une maison de fous qui souhaite étouffer toute trace de vie en lui. Pour les autres patients, McMurphy va devenir un chef de file, un homme qui ose leur dire qu'ils ne sont pas condamnés, qu'ils ont le droit de danser, de rire, de s'amuser, de dire non au Système qui les enfermés sous une étiquette de fous et parqués dans un asile. McMurphy va leur réapprendre les bases de la vie sociale, l'envie de sortir, d'être "normaux".
Mais sa tâche est mise à rude épreuve en la présence de la Chef, Miss Ratched, figure féminine castratrice au possible. Dans cet univers d'hommes, elle est la seule représentation de la femme qui leur reste, une mère sévère qui dirige son monde à la baguette, "pour leur bien". McMurphy tentera plus d'une fois de mettre l'ancienne infirmière militaire en boule et de lui faire quitter son éternel sourire placide qui cache l'âkesey_0148me d'un dictateur en puissance. Connaissant la règle selon laquelle il ne doit pas montrer sa colère sous menace d'électrochocs, McMurphy va s'engager dans toutes les formes de provocations qui existent, devenant par là un obstacle à la tranquillité de Miss Ratched et un mauvais exemple à suivre pour ses compagnons de chambrée. Et puis McMurphy doit également faire face à l'immobilisme des autres pensionnaires. La liberté fait toujours peur lorsqu'on ne veut pas sortir de sa condition si confortable. Ici les "fous" sont mis au pied du mur psychologique qui les empêche de vivre. Si McMurphy est l'élément déclencheur, ils doivent eux-même faire le travail de surmonter leur maladie pour se libérer et enfin vivre.
Ce roman est un hymne à la vie et au rire dans une société cloîtrée dans l'asservissement au temps. Si McMurphy est effectivement un homme "normal" et non un psychopathe, nous pouvons alors tous nous reconnaître comme un fou qui suit constamment un maître à penser, ou plus généralement le Système, celui qui nous fait, nous retient et nous fait mourir.
Là sont les éléments qui ont été repris dans le film. Ce qu'apporte le roman, c'est le personnage de Chef Bromden, le narrateur de l'histoire, un Indien de 2 mètres sourd et muet. Ou du moins c'est ce qu'il fait croire à tout le monde depuis son entrée dans l'hôpital. Il est ainsi le témoin de tout ce qui se dit en secret, de toutes les décisions totalitaires que prend Miss Ratched. Ce personnage sera le plus bel exemple de réussite de McMurphy, en ce que Bromden arrivera à dépasser sa condition d'ombre invisible pour redevenir l'homme fier qu'il a été. Le fait qu'un Indien soit le seul à s'en sortir était tout à fait nouveau dans la littérature de l'époque. Le narrateur ici donne une dimension politique au livre, puisqu'il représente les opprimés que le Système a écrasés et tenté de faire disparaître. Bromden est un cri de révolte envers le gouvernement américain, envers le passé, envers toute l'histoire des Etats-Unis.

Premières lignes :
   Ils sont dehors, les moricauds en blanc.
  À mon nez et à ma barbe, dans le hall, à faire des cochonneries qu'ils essuieront avant que je ne puisse les pincer.
   En sortant du dortoir, je les trouve tous les trois en train de passer le lave-pont. Ils sont pleins de hargne, ils suent la haine. Ils en ont après tout : après l'heure qu'il est, après l'endroit, après les gens au milieu de qui il faut qu'ils travaillent...


vol_au_dessus_d_un_nid_de_coucouCe roman a été adapté au cinéma par Milos Forman en 1975 sous le titre Vol au-dessus d'un nid de coucou, avec dans les rôles principaux Jack Nicholson, Louise Fletcher et William Redfield.