ange_des_tenebre_00624Roman de Caleb Carr (1997)
Livres de Caleb Carr déjà lus : L'Aliéniste (1995)

Quatrième de couverture :
New York, juin 1897. L'épouse éplorée d'un diplomate espagnol engage la détective Miss Sara Howard pour lui venir en aide : sa petite fille a disparu...
Immédiatement, l'équipe de Laszlo Kreizler se reconstitue autour de Sara, et de déductions en analyses, le profil psychologique du kidnappeur apparaît peu à peu sur leur grand tableau noir. Se dresse progressivement le portrait d'un être dont les mobiles ne sont pas politiques, d'une personnalité en proie à une étrange perversion, d'un tueur d'enfants ayant toutes les apparences de la normalité.

Mon avis :
Littéralement bluffé par L'Aliéniste, je n'ai pu attendre très longtemps avant de me plonger dans sa suite, L'Ange des ténèbres. Et là encore, j'ai retrouvé ce que j'avais tant aimé dans le premier opus. L'équipe du Dr. Kreizler se réunit donc une fois de plus, pour cerner ce qu'ils pensent n'être au départ qu'un kidnappeur. Il va s'avérer bien vite que le profil du coupable est bien plus complexe. En l'occurence il s'agit d'une femme, Libby Hatch, qui souffre d'une pathologie liée à la maternité. Mais plus qu'un simple cas clinique, la tueuse d'enfant se révèle capable de créer autour d'elle un sentiment de terreur, de manipuler quiconque l'approche. Elle ne laisse qu'entrevoir le côté de sa personnalité qui lui fera parvenir à son but, si bien que chacun en a une image différente. Plus qu'une simple criminelle, Libby Hatch est devenue un mythe, une rumeur, une réputation. En cela elle n'est pas loin d'être le pendant féminin de Kaiser Söze, la légendaire force du mal qui plane tout le long du film Usual Suspects. Personne ne semble l'avoir vraiment connue, chaque témoignage apporte un élément à sa personnalité, une facette à cette énigme. Et c'est bien ce personnage qui fait la force du roman. Personnage qui nous met également face à une des plus grandes crimes qui existent : l'infanticide. Thème qui inspire bien des écrivains à notre époque...carr
Autre élément intéressant, l'auteur a décidé de changer de narrateur, et incombe au jeune Stevie de nous relater cette aventure, remplaçant le journaliste John Schuyler Moore. Le procédé est amusant car il amène un regard nouveau sur certains personnages, comme justement Moore, mais aussi une autre expérience du New York de la fin du XIXe siècle. En prêtant son récit à un garçon de 15 ans, Carr tend à alléger le style de son écriture, notamment dans les accroches de fin de chapitre, manque évident de finesse romancière. Par contre, l'auteur oublie bien souvent son narrateur et lui confère une facilité d'écriture peu crédible pour un jeune homme de cet âge, tardivement lettré qui plus est.
Là où ce roman accuse une infériorité par rapport à son prédécesseur, c'est dans sa longueur. Carr, qui maîtrisait habilement l'ellipse dans L'Aliéniste, ne nous évite pas ici des passages entiers où il s'écoute écrire, notamment lorsque l'enquête se déplace de New York à la ville provinciale de Ballston Spa. Il se rend également coupable de facilités scénaristiques, que ce soit dans l'intérêt de déplacer son narrateur pour qu'il soit témoin de tout, ou dans la création du personnage d'El Niño, qui n'a pas vraiment de raison d'être dans l'intrigue, si ce n'est d'apparaître quand on en a besoin. Et que penser de l'intervention du personnage de Theodore Roosevelt en deux ex machina dans la dernière partie du roman, si ce n'est une impasse dont l'auteur ne voyait comment s'extirper.
Si le plaisir est toujours présent de retrouver les héros de L'Aliéniste, et d'admirer à quel point Caleb Carr est doué pour inventer des tueurs marquants, l'essoufflement que nous procure ces 725 pages nous laissent comme un goût de déception.

Ils en parlent aussi : Gaëlle Nicolas

Premières lignes :
Il y a probablement une façon bien tournée de commencer une histoire comme celle-là, une accroche habile pour attirer les gogos plus sûrement que le meilleur bonneteur de la ville. Mais la vérité, c'est que je n'ai pas la langue assez bien pendue ni l'esprit assez vif pour ce genre de jeu. Les mots n'ont pas joué un grand rôle dans ma vie, et si, avec les années, j'ai rencontré un grand nombre de ceux qui passent pour les grands penseurs et les beaux parleurs de notre époque, je suis resté ce qu'on appelle un homme simple. Et une façon simple de commencer me conviendra parfaitement.