monde_selon_garp_livreRoman de John Irving (1978)
National Book Award
Livres de John Irving déjà lus : L'Oeuvre de Dieu, la part du diable (1985)

Quatrième de couverture :
Livre de la génération des années quatre-vingt, ce roman aujourd'hui mythique de John Irving est la vision d'un monde chaotique, grotesque et pétri de violence en même temps qu'un merveilleux commentaire sur l'art et l'imaginaire. Récit des rapport orageux et tendres entre une mère célèbre et son fils écrivain, histoire tragique d'un homme aux prises avec ses rôles de père, d'amant et d'époux, Le Monde selon Garp, avec ses personnages colorés et son foisonnement de péripéties, est bien la preuve que l'outrance et le baroque peuvent éclairer notre monde avec une incomparable justesse.

Mon avis :
Il est impossible de résumer un roman de John Irving en termes d'intrigue. Tout simplement parce que John Irving ne raconte pas des histoires ; il raconte des vies. Dans Le Monde selon Garp, Irving nous narre la vie de Garp (d'où le titre!), écrivain angoissé par le monde qui l'entoure. Ce qui est quand même le minimum pour un écrivain. L'auteur s'est inspiré d'énormément d'éléments de sa propre vie pour nourrir son récit, à tel point que l'on pourrait y voir une autobiographie déguisée, ou en tout cas romancée. D'aucuns diront que les éléments autobiographiques n'ont pas d'importance dans un roman, seulsirv0_003 comptent ce que l'auteur en fait et son imagination. Là où Irving se révèle être un écrivain brillant, c'est qu'il dépasse ce sempiternel débat pour en faire un des sujets de son roman. Garp sera victime, lui aussi, de ce genre d'attaques à propos de ses écrits. Irving utilise son personnage comme un vecteur des angoisses de l'écrivain, comme une réponse aux courrier des lecteurs. Cette mise en abyme dessert une étude passionnante sur le métier d'écrivain et sur la notion de fiction.
Mais John Irving n'a pas écrit un essai, mais bien un roman. À travers les péripéties qu'il essuie et les personnages qu'il rencontre, Garp se révèle être le catalyseur des angoisses de la société de son époque. C'est une véritable éponge qui emmagasine la peur (notamment pour ses enfants) et les travers de ses concitoyens, un personnage promis à une éternelle souffrance. Du fait de l'éducation qu'il a reçue de sa mère célibataire, Garp est relativement naïf, et n'ayant pas été corrompu par la société durant son enfance, en a oublié d'apprendre à mentir. Non seulement Garp sera le témoin des défauts des autres, mais il les mettra en face de leur bassesse. C'est un personnage à mettre dans la même catégorie, même si plus complexe, d'un Forrest Gump. Comme l'anti-héros interprété au cinéma par Tom Hanks, Garp sera également incompris dans ses intentions, et sera constamment la victime d'une fausse image que les gens se font de lui, tout comme sa mère. On fera de lui ce que la société veut qu'il soit.
Irving nous dépeint ici un monde cruel, violent, et cynique. L'ironie qu'il parsème ça et là nous renvoie toujours à un monde qui a du mal à s'adapter aux changements de la société, mais questionne également l'éternel problème métaphysique sur le hasard ou le destin. Le Monde selon Garp remet en cause Dieu lui-même. Ici tout le monde doit apprendre à devenir son propre dieu, et à bâtir son monde à sa façon, un monde selon soi.

Elles en parlent aussi : BlueGrey Catherine du Biblioblog Choupynette Kesalul Praline Sandrounette

Premières lignes :
La mère de Garp, Jenny Fields, fut arrêtée en 1942 à Boston, pour avoir blessé un homme dans un cinéma. Cela se passait peu de temps après le bombardement de Pearl Harbor par les Japonais, et les gens manifestaient une grande tolérance envers les militaires, parce que, brusquement, tout le monde était militaire, mais Jenny Fields, pour sa part, restait inébranlable dans l'intolérance que lui inspirait la conduite des hommes en général et des militaires en particulier. Dans le cinéma, elle avait dû changer trois fois de place, mais, le soldat s'étant chaque rapproché un peu plus, elle avait fini par se retrouver le dos contre le mur moisi, avec, entre elle et l'écran, un stupide pilier qui lui bouchait pratiquement la vue ; aussi avait-elle pris la décision de ne plus bouger. Le soldat, quant à lui, se déplaça une nouvelle fois et vint s'asseoir près d'elle.


monde_selon_garp_filmCe roman fut adapté au cinéma par George Roy Hill en 1982 sous le titre Le Monde selon Garp, avec dans les rôles principaux Robin Williams, Mary Beth Hurt et Glenn Close.