m_moire_vautourRoman de Fabrice Colin (2007)
Livres de Fabrice Colin déjà lus : aucun

Quatrième de couverture :
Bill Tyron a enfin trouvé un boulot bien payé ! Il doit veiller, pour le compte de commanditaires anonymes, à ce qu'une ancienne GI atteinte de leucémie ne retrouve pas la mémoire. Mais il tombe amoureux de Sarah qui, de plus en plus faible, refuse tout soin. Des Tours du Silence de Bombay aux hippies de Birmanie, de pirates thaïs défoncés aux performances d'un professeur d'art schizophrène, sur fond de tsunami, de guerres secrètes et de révolutions avortées, au rythme d'un road movie à la David Lynch, Bill part en quête de la mémoire perdue de Sarah.

Mon avis :
Thriller? Histoire d'amour? Traité philosophique? Récit initiatique? Roman fantastique? Il est bien difficile de définir ce livre, tant les sujets et les formes se succèdent avec un lien plus ou moins évident. Fabrice Colin n'est pas le spécialiste du plantage de décors, ce qui amène le lecteur à se perdre dans ses tableaux flous. La Mémoire du vautour contient cinq récits qui, s'ils entretiennent des rapports entre eux, me laissent à penser qu'ils ressemblent à des ébauches de romans qui auraient eu le mérite de se voir développer indépendemment. Le premier de ces chapitres est celui qui correspond au résumé de la quatrième de couverture. Bill rencontre Sarah dans le cadre d'une mission qui lui est fixée par un organisme inconnu, dont on ne connaîtra jamais vraiment l'identité ni les buts. Si l'auteur ne manque pas de bien caractériser ses personnages, il ne parvient jamaiscolinph entièrement à les rendre attachants, tant leur comportement manque de raison et de mobile. Alors qu'il a pour mission de s'assurer que Sarah ne retrouve jamais la mémoire, Bill va pourtant déclencher le deuxième chapitre, qui nous envoie à la période où Sarah était encore militaire en mission en Indonésie. C'est alors que les choses se compliquent réellement, Sarah n'étant qu'un pion dans un grand complot fomenté par les autorités américaines. On apprend également que Sarah avait un fils qu'elle n'a plus vu depuis qu'il était gamin. On le retrouvera en plein voyage initiatique en Inde, puis en Thaïlande, en plein coeur du tsunami du 24 décembre 2004. Ce fils prendra contact avec un professeur d'art pour le moins obscur, qui tente des expériences à échelles humaines associés à la mort, et qui serait peut-être lié à l'organisme secret dont on parle au début.
Car la mort est bien le sujet central de ce roman. Ou comment appréhender la mort sans y succomber. Tous les personnages feront leur propre expérience de l'existence face à la mort, force qui lie tous les êtres sur Terre. Cette idée est concentrée dans le chapitre central, qui amène le lecteur à passer d'une conscience à l'autre dans une illustration de chaîne alimentaire, entre théorie du battement d'aile du papillon et trip chamanique.
Autant vous dire qu'il m'est aussi difficile de vous parler de ce roman qu'il m'a été de le lire. Loin de partager l'enthousiasme de Lily grâce à qui je l'ai découvert, la portée philosophique de cette histoire m'a laissé plus perplexe et décontenancé que réellement passionné. Je préfère de loin un auteur qui m'apporte ses réponses face au monde plutôt qu'il me bombarde de ses interrogations métaphysiques. Les goûts et les couleurs, hein...

Premières lignes :
Cette nuit, j'ai rêvé que mon esprit explosait et que la déflagration libérait une énergie intense, un monde, un univers parfait. J'étais mort, mais cela ne changeait rien. Une phrase d'Alan Watts tournoyait dans mon esprit : Et Dieu contempla la solidité de ses fondations, et Dieu se dit à lui-même : "Perds-toi".
Je me suis réveillé en tremblant.
Il serait temps que je termine ce boulot. J'ai un manuel à boucler, et chaque jour apporte son lot d'informations destabilisantes. Aujourd'hui par exemple, j'ai appris que les cendres du cadavre n'étaient pas de véritables cendres. Après la phase de chauffage et d'évaporation, le corps est réduit à ses éléments originaux - de petits fragments d'os destinés au broyage et, en dépit de ce qu'on pourrait penser, ce genre de processus ne coûte presque rien : combustion au fuel ou crémation électrique, la dépense énergétique ne dépasse pas celle d'une machine à laver standard tournant pendant trois quarts d'heure.