Le_Monde_du_bout_du_mondeRoman de Luis Sepulveda (1989)
Livres de Luis Sepulveda déjà lus : Le Vieux qui lisait des romans d'amour (1989), Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler (1996), Journal d'un tueur sentimental et autres histoires (1997-98)

Quatrième de couverture :
Un garçon de seize ans lit Moby Dick et part chasser la baleine. Un baleinier industriel japonais fait un étrange naufrage à l'extrême sud de la Patagonie. Un journaliste chilien exilé à Hambourg mène l'enquête, et ce retour sur les lieux de son adolescence lui fait rencontrer des personnages simples et hors du commun, tous amoureux de l'Antarctique et de ses paysages sauvages. Il nous entraîne derrière l'inoubliable capitaine Nilssen, fils d'un marin danois et d'une Indienne ona, parmi les récifs du Cap Horn, sur une mer hantée par les légendes des pirates et des Indiens disparus, vers des baleines redevenues mythiques.

Mon avis :
Plus je lis des romans de Luis Sepulveda et plus celui-ci me fait penser à un bon élève qui tenterait de faire de la lèche au professeur. Vous savez, ce petit con du premier rang qui ne ratait jamais une occasion de démontrer qu'il avait bien appris sa leçon par coeur, mais qui n'avait malheureusement aucun recul sur elle, et qu'on avait envie de baffer à chaque cours? C'était lui. Après nous avoir prouvé, dans Le Vieux qui lisait des romans d'amour, que le petit Luis avait bien révisé ses cours de biologie, le voilà qui récidive avec le professeur de géographie. En voulant nous faire découvrir la région qu'il affectionne particulièrement, à savoir la Terre de Feu, ce territoire de l'extrême sud de l'Amérique latine coincé entre le Chili et l'Argentine, Sepulveda nous noie sous un déluge de nom d'îles et de lieux-dits que deux poilus doivent connaître au monde, oubliant pendant une bonne moitié du roman qu'il était supposé nous raconter une histoire. Et ne comptez pas sur le semblant de carte inséré avant le récit, il ne comporte à peine qu'un tiers des noms évoqués. Autant dire que le trajet du bateau vous paraîtra bien flou, voire incompréhensible, à la fin de votre lecture. D'aucuns diront qu'il s'agit là d'un détail. Ce détail m'a quand même donné l'envie de poser le livre définitivement une bonne demi-douzaine de fois!
Et le pire, c'est qu'il ne méritait même pas que je le lise jusqu'au bout, ce livre. Sepulveda aime Moby Dick, ça onLuis_Sepulveda commence à le savoir. De là à décliner son amour dans tous ses romans, il ne faut peut-être pas pousser! On peut bien se moquer de Brian De Palma qui tente à chacun de ses films de recréer la scène de la douche de Psychose en hommage à Hitchcock, au moins y met-il un minimum de créativité et d'humour. La subtilité n'étant pas le fort de notre auteur, son roman commence par "Appelez-moi Ismaël", et finit par "Moby Dick". Un lèche-cul, je vous disais, une vraie tête à claques! Pourtant la structure du roman en soi aurait pu être intéressante. Dans une première partie, le narrateur nous conte son adolescence aux côtés des chasseurs de baleines, à l'assaut des cétacés, pour faire comme dans son livre préféré. Dans une seconde partie, le processus est inversé et notre héros retourne sur les lieux de sa jeunesse, cette fois-ci pour sauver nos pauvres mammifères en voie de disparition. Seulement voilà : il ne faut pas confondre hommage et recopiage, ni combat écologique avec manichéisme infantile. Parce que faire le parallèle entre Achab face à la baleine blanche et Greenpeace face aux multinationales pétrolières, c'est oublier la valeur du combat loyal entre l'homme et l'animal (ce qu'il avait beaucoup mieux retranscrit dans Le Vieux qui lisait des romans d'amour), mais aussi que Greenpeace utilise des moyens qui n'ont rien à envier aux méchants Japonais qui veulent du mal à tout le monde. Là-dessus il nous remet une couche des pauvres Indiens qui disparaissent, histoire d'accentuer le pathos, au cas où on les aurait oubliés. Après tout, Sepulveda n'en parle que dans tous ses autres livres!
Sepulveda a des causes personnelles à défendre, et c'est tout à son honneur. Mais par pitié, qu'il laisse le roman à ceux qui savent raconter une histoire, et qu'il se mette au pamphlet politique où sa démagogie et son style simpl(ist)e trouveront un support adéquat pour exprimer ses idées. Parce que nous pondre une image finale de petit garçon qui lit Moby Dick dans le même avion que le narrateur, même ça Steven Seagal n'a jamais osé le faire dans ses meilleurs films!

Ils en parlent aussi : BlueGrey Livrovore et Zaph Obni de Biblioblog

 Premières lignes :
"Appelez-moi Ismaël... appelez-moi Ismaël..." Je ne cessais de me répéter cette phrase en attendant dans l'aéroport de Hambourg, et je sentais qu'une force extraordinaire rendait mon mince billet d'avion plus lourd, toujours plus lourd à mesure que l'heure du départ approchait.
J'avais passé le premier contrôle et j'arpentais la salle d'embarquement, accroché à mon sac de voyage. Je ne l'avais pas rempli exagérément : un appareil photo, un carnet de notes et un livre de Bruce Chatwin, En Patagonie. J'ai toujours détesté les gens qui soulignent ou mettent des annotations dans les livres, mais dans celui-là mots soulignés et points d'exclamation s'étaient accumulés au bout de trois lectures. Et je comptais le lire une quatrième fois pendant le vol Hambourg-Santiago du Chili.