La tête dans les pages

Mes lectures, et ce que j'en retiens...

10 mars 2008

Un nom de torero (Nombre de torero)

Un_nom_de_toreroRoman de Luis Sepulveda (1994)
Livres de Luis Sepulveda déjà lus : Le Vieux qui lisait des romans d'amour (1989), Le Monde du bout du monde (1989), Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler (1996), Journal d'un tueur sentimental et autres histoires (1997-98)

Quatrième de couverture :
Entre les solitudes de la Terre de Feu et une ville - Berlin - dont le mur-frontière vient d'être mis à bas, deux hommes sont à la recherche du Croissant de Lune Errant, trésor millénaire. Juan Belmonte, dont le nom évoque celui d'un torero illustre, est un ancien guérillero exilé en Europe. Frank Galinsky travaillait jusqu'alors pour les services spéciaux de la RDA. En se retrouvant face à son ennemi intime, Juan devine qu'il lui faudra redoubler de prudence : l'existence de Veronica, jeune Chilienne brisée par les années de dictature, en dépend. Mais il comprend aussi, à quelques pas du bout du monde, que l'aventure lui permettra de payer son unique dette.

Mon avis :
Retrouvons donc notre lèche-cul préféré pour sa dernière aventure sur ces pages. Oui, autant parler de Sepulveda me fait beaucoup rire, autant lire ses livres est devenu un calvaire que je ne pense pas perpétuer toute ma vie.
La nouvelle cible de notre tête-à-claques chilienne sera le professeur d'histoire contemporaine. Notre jeune Luis a bien révisé ses leçons, surtout en ce qui concerne les dictatures sud-américaines et l'Allemagne pré-tombage de mur. Il a accumulé plein de renseignements passionnants sur ce que les livres occultent habituellement à nos chères têtes blondes. Sauf que Sepulveda, au lieu d'assimiler ses informations, nous dégueulent tout dans un foutoir monstrueux, tellement indigeste qu'on en vient à confondre les deux pays (et pourtant, pour confondre l'Allemagne et le Chili, faut y aller!). C'est tout le problème des oeuvres qui ont attrait aux services secrets et autres espions. Si l'auteur ne clarifie pas la situation dès le début et ne s'attache pas à une ligne de conduite rigoureuse, l'intrigue part vite en sucette, entre traîtres, double-espions, et innocents-qui-sont-en-fait-espions-des-méchants-mais-gentils-quand-même. Sepulveda a dû sentir dès le départ queLuis_Sepulveda son intrigue était bien mince : un ancien espion doit retrouver un lot de pièces d'or pour sauver son amoureuse. Autant dire que ça ne vaut même pas une adaptation à la Allan Quatermain! Alors pour faire plus étoffé, Sepulveda décide de tout doubler, histoire de. Après tout, les Allemands sont les inventeurs du Doppelgänger, alors on va en créer un pour chacun. Ce n'est donc pas un homme qui vole les pièces d'or, mais deux. Ce sont également deux hommes qui recherchent ces pièces des années plus tard. Ils sont chacun suivis par un supérieur plus ou moins louche. Vous voyez où je veux en venir? Sauf que doubler du vide, ça n'a jamais donner de la consistance à quoi que ce soit. Ca fait juste encore plus de vide. D'aucuns pourront me dire que je suis passé à côté de ce qui fait l'intérêt du livre, que c'est une dénonciation de la cupidité de l'homme et de la condition terrible dans laquelle se trouvent ceux qui ont défendu leur pays et du jour au lendemain se sont vus étiquetés de traîtres. Que c'est un livre sur la morale et l'amour d'un homme prêt à tout pour sauver la femme qu'il aime. Oui, bon, et alors? Il n'est pas très difficile de trouver la morale du livre, étant donné que Sepulveda nous assène des extraits de conte initiatique à la Paulo Coelho entre chaque partie, mais est-ce que tout cela donne vraiment une dimension métaphysique au roman? Je n'en suis pas sûr...
Avec tout ça, rajoutez tous les tics de Sepulveda : un récit en forme de quête, l'évocation de la Terre de Feu et des Indiens qu'on massacre, et le titre. Oui, parce que Sepulveda est un auteur qui choisit des titres de merde. D'ailleurs, je me demande s'il ne construit pas un livre à partir d'un titre, et qu'il se retrouve toujours embêté pour recaser ce titre dans le roman. Prenez "Le Vieux qui lisait des romans d'amour". C'est tout mimi tout gentil. Mais franchement, est-ce que ça colle au héros de l'histoire? Non! Non seulement ce titre n'apporte rien au livre, mais en plus il trompe certains lecteurs qui s'attendent réellement à lire un récit sur un vieux qui lisait des romans d'amour. Ici, c'est pareil. "Un nom de torero", ça n'apporte absolument rien au livre, ni aucun éclairage sur le personnage concerné. Sepulveda introduit simplement toute les trente pages un personnage qui dit : "Vous vous appelez Juan Belmonte, comme le torero?" Voilà. Passionnant, n'est-il pas?
C'est donc sur cette note que je dis un adieu définitif à notre Aristochat de Décembre/Janvier. À moins d'un miracle ou d'un pari stupide que j'aurais perdu, nous ne rencontrerons plus.

Premières lignes :
Le chauffeur de L'Etoile de la Pampa écarquilla les yeux en apercevant la silhouette du cavalier sur le bord de la route. Cela faisait cinq heures qu'il roulait, les yeux rivés sur la piste toute droite et sans autre distraction que quelques nandous qu'il faisait fuir en donnant des coups de klaxon stridents. Devant lui, la route. À gauche, la pampa couverte d'herbes dures. À droite, la mer franchissant, dans un murmure de haine incessant, le détroit de Magellan. Rien d'autre.
Le cavalier était à quelques deux cents mètres et montait un mantungo, un cheval poilu qui patientait en mordillant des brins d'herbe. Le cavalier avait le corps engoncé dans un poncho noir qui couvrait également les flancs de l'animal, le chapeau de gaucho à bord court rabattu sur les yeux, et il ne bougeait pas un muscle. Le chauffeur arrêta le bus et donna un coup de coude à son aide.

Posté par angelwizzard à 17:04 - Chili - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Mais tu veux ma mort ou quoi???? ;o)))

Posté par Choupynette, 10 mars 2008 à 19:21

Choupynette

Ben quoi? C'est quoi le problème? Tu t'appelles Choupynette Sepulveda? :-D

Posté par Gaël, 10 mars 2008 à 21:47

un auteur très présent sur la blogospère, ça me donne envie de la decouvrir; bravo...comme si ma Pal n'eatit pas assez long lol

Posté par pom', 13 mars 2008 à 10:19

Ben... oui!!! ;o))))

Posté par Choupynette, 14 mars 2008 à 23:04

Pom'

Es-tu sûre que ma critique te donnes envie de lire Sepulveda? A moins que tu ne lises que les titres... Bien sûr, je t'invite à découvrir cet auteur par toi-même. Ma démarche n'est abslument pas d'en dégoûter les autres.

Posté par Gaël, 15 mars 2008 à 23:48

Choupynette

Ma pauvre! Ca doit pas être facile tous les jours!
Moi je m'appelle Gaël Musso, tu n'imagines même pas le calvaire!

Posté par Gaël, 15 mars 2008 à 23:50

Chut...

(le commentaire de Pom est encore plus drôle que le billet :)

Posté par Laiezza, 17 mars 2008 à 17:09

Laïezza

Vilaine fille, va! ;-)

Posté par Gaël, 17 mars 2008 à 19:00

Gaël, copain de moi...

...je dois être franc : je n'ai pas lu cet article (un peu comme Pom :D).

De toute façon, je sais déjà que tu n'as pas aimé, que tu vas te foutre de la gueule de ce demeuré de Sepulveda, je te soupçonne de vouloir en faire un Aristochat à vie.

La bonne nouvelle, c'est que l'Aristochatte actuelle est encore plus nulle que Luis (c'est possible...), alors je te conseille de te jeter dessus vite fait. Si tu réussi à écrire plus méchant que ça :

http://legolb.over-blog.com/article-17661001.html

...je...euh...je t'offre un truc de ton choix ;-)

Posté par thom, 21 mars 2008 à 12:52

Thom

Quand je pense que je fais l'effort de l'effort de lire tes quarante articles hebdomadaires et que tu ne daignes pas jeter un oeil sur mon article mensuel, franchement, je suis déçu! Non non non, Sepulveda ne reviendra pas par ici! Je me suis juste un peu trop "investi" pour mon premier Aristochat. D'ailleurs, ça ne m'a pas laissé de temps pour découvrir Alison Lurie. Ca ne m'étonne pas qu'elle soit aussi, voire plus nulle que ce pauvre Luis, étant donné que j'avais voté pour elle comme je l'avais fait pour ma tête-à-claques. J'essaierai quand même d'y jeter un oeil à l'occasion. Tu m'as titillé la curiosité.
Quant au truc de mon choix... c'est vraiment tout ce que je veux? :-D

Posté par Gaël, 21 mars 2008 à 22:01

Hé bé ! Il serait devenu si mauvais, le cher Luis, l'exquis Sepulveda ! Il va falloir que je le lise.

Posté par Georges F., 26 avril 2008 à 12:31

Georges

À ma connaissance, il l'a toujours été! Je trouve curieux que nous soyons si peu à nous en rendre compte.
Ceci dit, je suis flatté de vous voir par ici, cher Georges. En effet, je vois vos interventions de blog en blog depuis un moment. Bienvenue ici!

Posté par Gaël, 27 avril 2008 à 04:02

Oui, je suis encore un promeneur ingénu dans ce monde des blogs, que je découvre en même temps que j'ouvre le mien.
On s'y perd vite, mais c'est amusant.
Amusant aussi, un blog comme le vôtre qui dit clairement "Je n'aime pas". Cela donne parfois plus envie de lire ou relire qu'un blog qui dit "J'aime".
Merci pour votre mot de bienvenue, je reviendrai certainement, avant même d'avoir relu Sepulveda.
Faut-il bien connaître l'Amérique du Sud pour l'apprécier ? C'est la question que je me pose maintenant. Cette connaissance du continent biaise-t-elle la lecture ? C'est possible : on est content de reconnaître au lieu d'être content de lire. Vous voyez ce que je veux dire ? C'est l'effet Guide Vert. Je le pourfends par ailleurs, et je tomberais dan le panneau ? J'ai soudain des craintes.

Posté par Georges F., 27 avril 2008 à 10:19

Georges

Je ne sais pas s'il est nécessaire de connaître le Chili pour apprécier les romans de Sepulveda. Beaucoup de lecteurs européens y voient au contraire une source de dépaysement. Personnellement, l'auteur n'arrive pas à m'intéresser à son pays. Il y a quelque chose de trop superficiel et chiche dans ses descriptions. Soit on est dans l'image d'Epinal, soit on est dans le flou (une montagne sera une montagne, une forêt sera une forêt, point!). Cet auteur ne me touche pas, et pourtant, je suis allé par curiosité regarder des photos de la Terre de Feu, région qu'il évoque dans tous ses romans, et ça a l'air sublime. Je ne comprends pas qu'on n'arrive pas à transmettre de tels paysages dans son écriture.
En ce qui concerne votre effet "Guide Vert", je vois très bien ce dont il s'agit. Je m'en rends compte chaque fois que mes parents regardent le Tour de France. Ils essaient juste de repérer les endroits où ils sont déjà allés en vacances. Par contre, ne leur demandez pas qui mène la course, ils ne pourraient pas vous répondre!
À bientôt!

Posté par Gaël, 27 avril 2008 à 12:42

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