9782264044945Roman de Philippe Djian (2005)
Livres de Philippe Djian déjà lus : Doggy Bag : Saison 1

Quatrième de couverture :
Avec Doggy bag saison 2, Philippe Djian remporte son audacieux pari : nous tenir en haleine avec le récit du destin pour le moins extravagant de la famille Sollens. L'on y retrouve le même casting de choc. Irène, la mère des frères Sollens, alcoolique et bigote ; Josianne, infirmière torride, divorcée d'un mari impotent et rancunier ; Béa, spécialiste en marketing direct sur canapé et enfin la sulfureuse Edith, accompagnée de sa fille de vingt ans, à la recherche d'un père qui se cache peut-être dans le tableau... Vraies scènes d'amour, drames en direct et vents de folie sur fond de catastrophes naturelles et de violences urbaines! Comme si tout ce petit monde totalement halluciné avait besoin de ça!

Mon avis :
C'est bien connu : les seconds épisodes surpassent rarement les premiers. On peut trouver quelques exceptions ça et là (L'Empire contre-attaque ou Le Parrain II au cinéma), mais une deuxième saison sent souvent le réchauffé, et peine à procurer le même plaisir que nous avons ressenti à la découverte d'une série. Mais là où les scénaristes d'une série télévisée misent tout sur une première saison sans savoir si celle-ci aura une suite, Philippe Djian avait déjà anticipé ses six épisodes dès le départ. Ce qui explique la faiblesse du premier tome, qui se perdait dans la présentation, dans la mise en place des intrigues et la caractérisation des nombreux personnages. Une fois n'est pas coutume, donc, Doggy Bag : saison 2 surclasse de loin son prédécesseur. L'auteur nous fait pénétrer in medias res là où la saison 1 s'arrêtait, et embraye directement sur les conséquences de l'exposition et les péripéties à venir. Car péripéties il y a! Alors que je reprochais un manque d'action évident dans le premier tome, Djian a mis les bouchées doubles pour satisfaire ses lecteurs (en l'occurence, moi!). L'apothéose du roman réside dans la mise en parallèle des situations inextricables dans lesquelles se retrouvent les protagonistes et un déluge apocalyptique qui vient noyer la ville, avec toutes les interprétations que le lecteur veut bien y trouver. Remise à neuf d'un monde obstrué dans sa cruauté et dans son incapacité à communiquer, averse providentielle qui permettent aux personnages de se purger et atteindre la rédemption, ironie d'un monde technologique en proie auxPhilippe_Djian impondérables de Dame Nature, mise en relief des classes sociales (seuls les riches habitant sur les hauteurs de la ville semblent épargnés par l'inondation), étude comportementale... Djian mêle ainsi le spectaculaire au questionnement et élève son oeuvre vers une qualité thématique que la première saison ne laissait prévoir. Mais cette catastrophe naturelle n'est pas le seul morceau de bravoure du roman : on y trouve de l'héroïsme (le sauvetage de Marc), de l'horrible (le viol de Sonia) et du drôle (les mésaventures d'Irène dans la camionnette [enfin, surtout au départ]). L'auteur n'en oublie pourtant pas un ton cynique et mordant correspondant à ses personnages égoïstes et cruels, mais en les développant il leur rend une part d'humanité à chacun, découvrant leurs faiblesses au fur et à mesure.
Finalement cet épisode renoue avec le projet initial de l'écrivain. On ressent mieux ici le rythme soutenu et le découpage d'une série télé, alternant les scènes d'émotion et celles plus explicatives, laissant le lecteur suspendu aux accroches à chaque fin de chapitre. D'ailleurs, là où la première saison se finissait sur un finale classique, cette suite s'achève sur un cliffhanger des plus efficaces, donnant vraiment la sensation que l'auteur n'a plus rien à apprendre des meilleures séries TV. On aurait presque envie de lire la suite en mangeant du popcorn.

Ils en parlent aussi : Lilly Livrovore Praline Thom

Premières lignes :
Irène regarda son fils droit dans les yeux et lui demanda ce qu'il comptait faire.
Elle n'était pas trop inquiète, cependant. David allait certainement baisser la tête.
Les baies étaient grandes ouvertes sur le jardin. Le soleil brillait. Chaque épreuve surmontée - ces derniers temps en avaient été assez riches -, chaque mauvais pas dont elle s'était tirée l'avait galvanisée.
Levée de bon matin, pleine d'énergie, elle s'était préparée dans perdre une minute - son chignon, néanmoins, frôlait la perfection - afin d'attraper David au vol.
Pour finir, il baissa la tête.