Je_l_aimaisRoman d'Anna Gavalda (2002)
Livres d'Anna Gavalda déjà lus : Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part (1999), Ensemble, c'est tout (2004)

Quatrième de couverture :
"... Car vois-tu Chloé, ma vie, toute ma vie est comme ce poing serré. Je suis là, devant toi, dans cette cuisine. J'ai soixante-cinq ans. Je ne ressemble à rien. Je suis ce vieux con que tu secouais tout à l'heure. Je n'ai rien compris, je ne suis jamais monté au sixième étage. J'ai eu peur de mon ombre et me voilà maintenant, me voilà devant l'idée de ma mort et... Non, je t'en prie, ne m'interromps pas... Pas maintenant. [...]
Je vais commencer par le plus injuste, le plus cruel... C'est-à-dire, toi..."

Mon avis :
Anna Gavalda est l'archétype même de l'espoir décevant. Sa carte de visite dans le milieu littéraire fut Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part, recueil de nouvelles qui mettait en scène des tranches de vie, des saynètes qui croquaient en quelques pages des personnages ayant du mal à jongler avec leur vie, mais jamais son humour et justesse. Depuis, rien. Enfin si, quelques romans, mais de cette accroche alléchante, on attend encore le retour. Anna Gavalda a décidé de rester dans le gentillet, le sympa, le syndrome post-Amélie Poulain. Si Ensemble, c'est tout m'avait paru sympa, même si ça cassait pas trois briques à un canard, Je l'aimais m'a horripilé, irrité, gonflé.
Imaginez que vous vous retrouvez seule avec vos gosses parce que votre mari s'est barré avec une autre. Imaginez que la seule oreille compatissante que vous trouvez soit votre futur-actuel-ex beau-père, mais qu'au lieu de vous écouter, il vous raconte sa propre vie. Et imaginez qu'il insinue que finalement, si son fils s'est cassé avec une femme qui ne peut être qu'une grognasse à vos yeux, c'est parce que son rejeton a eu le courage que lui n'a pas eu quelques années plus tôt. Vous vous sentiriez bien, vous? M'est avis que pas vraiment. Pourtant, Anna Gavalda, elle, estime que vous devriez vous sentir soulagée après ça.Anna_Gavalda
Dans un huis-clos mené par deux personnages (oui, les enfants ici sont un accessoire. Il faut avouer qu'ils sont rarement concernés en cas de séparation des parents) qui vous transportera du canapé à la cuisine, puis au canapé, et encore à la cuisine d'une maison de campagne, une femme et son fichu beau-père jouent à qui a la plus grosse... histoire d'amour à son actif. On découvre, après un suspense hitchcockien, que dis-je?, shyamalanien, que le vieux con de beau-père n'est finalement pas si bourru qu'il n'en a l'air (ooooooh!), et que la toute fraîche cocue, même si elle semble incapable de se remettre en cause et admettre qu'elle a pu avoir une part de responsabilité dans la mort de son couple, sera capable de survivre à ce drame insurmontable et de refaire sa vie (aaaaaah!). Autant dire que ce livre ressemble à une énorme coupe de crème glacée dans laquelle vous plongez en cas de blues et qui vous fait du bien sur le coup, même si en général, on sait bien que ça règlera pas le problème. Sauf qu'ici, Je l'aimais vous offre un superbe mal de crâne comme quand on engloutit la coupe glacée en une seule fois. Si Anna Gavalda voulait que quelqu'un l'attende quelque part, moi j'attends toujours qu'elle nous offre un roman valable.

Elles en parlent aussi : BlueGrey Karine Laurence de Biblioblog

Premières lignes :
- Qu'est-ce que tu dis?
- Je dis que je vais les emmener. Ca leur fera du bien de partir un peu...
- Mais quand? de demandé ma belle-mère.
- Maintenant.
- Maintenant? Tu n'y penses pas...
- J'y pense.
- Enfin, mais qu'est-ce que ça veut dire? Il est presque onze heures! Pierre, tu...
- Suzanne, c'est à Chloé que je parle, Chloé, écoute-moi. J'ai envie de vous emmener loin d'ici. Tu veux bien?
- ...
- Tu crois que c'est une mauvaise idée?
- Je ne sais pas.
- Va chercher tes affaires. Nous partirons quand tu reviendras.
- Je n'ai pas envie d'aller chez moi.
- Alors on n'y va pas. On se débrouillera sur place.
- Mais vous ne...
- Chloé, Chloé, s'il te plaît... Fais-moi confiance.
Ma belle-mère protestait encore :
- Mais enfin! Vous n'allez pas réveiller les petites maintenant quand même! La maison n'est même pas chauffée! Il n'y a rien là-bas! Il n'y a rien pour elles. Elles...

Il s'était levé.