Frank_et_BillyRoman de Laurie Colwin (1988)
Livres de Laurie Colwin déjà lus : aucun

Quatrième de couverture :
- Chapitre un, Frank et Billy viennent de coucher ensemble. Ils sont au lit depuis Dieu sait combien de temps. Sans aucun doute, ils coucheront à nouveau ensemble, et le plus drôle de l'histoire, c'est qu'ils sont tous deux mariés, et chacun de son côté! Vous parlez d'une situation! Depuis quand cela dure-t-il? serait-on en droit de demander. Qui posera la question le premier?
- Depuis quand cela dure-t-il?
- Tu n'étais pas obligé de me donner la réplique, rétorqua Billy, et le silence s'installa entre eux.


Mon avis :
Les opérations estivales du genre "Pour trois livres achetés, un offert" vous permettent parfois de tomber sur de petites surprises. Malheureusement les surprises ne sont pas toujours bonnes! Pourtant, j'aurais dû me douter qu'il y avait un truc qui clochait avec ce bouquin. Mais regardez-moi cette couverture!!! Ou comment assassiner la carrière d'un livre! Ce n'est pas que cette sublime et kitchissime composition cucul-pâtissière ait un lien direct avec l'histoire (d'ailleurs, ça n'a absolument rien à voir!), mais j'aurais dû y voir un signe, une preuve sous mon nez qu'il ne fallait surtout pas prendre ce livre. Mais le consommateur livresque est faible, surtout quand l'objet du délit est gratuit. (Enfin, ça m'ait arrivé d'avoir de bonnes surprises dans le même genre de situations : La Princesse noire de Serge Brussolo ou La Souris bleue de Kate Atkinson, pour ne citer que celles-là)
Donc me voici parti à la découverte de Laurie Colwin, auteure acclamée outre-Atlantique, surtout depuis sa mort prématurée, et non moins élogieusement critiquée dans notre pays. À travers les quelques sites que j'ai rencontrés évoquant Laurie Colwin, j'ai découvert que le mot qu'on utilisait le plus souvent était "minimalisme" (Bon, techniquement, le mot le plus souvent utilisés sur ces sites, c'était "le", mais ce n'est pas très utile pour ma critique!). Et une chose est sûre à présent : je HAIS le minimalisme. Maintenant, je sais pourquoi j'ai autant de mal avec des auteurs comme Annie Ernaux, Marguerite Duras ou Jeanne Bénameur (Je vous vois tout de suite arriver, à me chercher la petite bête misogyne qui sommeillerait en moi, mais je pourrais tout aussi bien vous parler de... enfin, machin-chose là! Vous voyez de qui je veux parler!). Pour la plupart des lecteurs, le minimalisme dans l'écriture semble être synonyme de retenue, subtilité, non-dits bouleversants... pour moi c'est juste sec, froid, chiant! Et là, la Colwin, elle a fait très fort. Minimalisme du style, donc, mais également minimalisme dans l'action (on pourra pas lui reprocher de ne pas être cohérente!). Vous devez vous souvenir d'une publicité des années 90, qui vantait je ne sais plus quel produit, qui distillait une ambiance quelque peu neurasthénique avec cette fameuse réplique : "C'est sûr, le plafond est très plaisant Anja. Mais que faire?"?. Ben à côté de Frank et Billy, ça devait ressembler à l'intégrale des Taxi!Laurie_Colwin
Donc, Frank et Billy est un couple adultère. Chacun est marié de son côté. Précisons tout de même qu'il s'agit d'un couple hétérosexuel. Avec une traduction de titre évasive et cette couverture, je soupçonne Le Livre de poche d'avoir voulu attirer bien malgré lui un lectorat homosexuel en mal d'histoires d'amour... Ca fait longtemps que Francis et Josephine (Frank et Billy, donc) sont ensemble. Ils ont leurs habitudes, leurs manies, mais aussi leurs lassitudes et leurs nouveaux questionnements : Que font-ils ensemble? Depuis quand ça dure? Peuvent-ils rester comme ça? Reste-t-il du café? (Ah non, là, c'est moi!) Laurie Colwin nous décrit leur quotidien, dès que l'épouse de l'un ou le mari de l'autre s'absente, lorsqu'ils se retrouvent pour discuter de tout et de rien (surtout de rien), coucher ensemble et se regarder dans le blanc des yeux. Ils ne peuvent même pas manger ensemble, car Billy n'a jamais rien à bequeter chez elle, et refuse de voir Frank chez lui. Voilà à peu près le noeud de l'intrigue!
Et pourtant, il y a sûrement du positif dans ce petit roman, mais vraiment bien caché alors! (Ah, peut-être là-bas, au fond, à gauche?) Même la structure du roman, qui était prometteuse (premier chapitre à la première personne, point de vue de Franck, puis deuxième chapitre à la troisième personne, rétablissant un équilibre, en attendant un chapitre du point de vue de Billy, qui n'arrive jamais), est saccagée par un gros raté. Un chapitre vers la fin qui semble posé là, comme un cheveu sur la soupe à la grimace. Celui-ci nous narre la grossesse de Billy, après qu'elle a quitté Frank (désolé pour les amateurs de suspense!), et amène le roman complètement ailleurs, laissant l'intrigue de côté pour y revenir plus tard. Comme si l'écrivaine avait décidé de prendre parti pour son héroïne plutôt que pour son partenaire masculin, et de lui dédier un chapitre rien qu'à elle, quitte à être hors-sujet!
Vous l'aurez compris, on ne se méfie jamais assez des livres gratuits. La prochaine fois, je prendrais l'un des nombreux Danielle Steel restants! Quitte à prendre du rose, autant qu'il y ait le sucre promis!

Elle en parle aussi : Clarabel

Premières lignes :
Ma femme est méticuleuse, élégante et bien habillée, mais ma maîtresse, elle, affiche un négligé pratiquement sans limites. Je ne dois visiblement pas être le genre d'homme à avoir une maîtresse distinguée, de celles qu'on voit dans les films français, qui ont rendez-vous au bar d'un hôtel de luxe, sortent leur étui à cigarettes d'un sac en crocodile ou retrouvent leur amant sur un pont, vêtues d'une cape à la dernière mode. Ma maîtresse me reçoit affublée d'un pantalon de velours côtelé tout usé, d'une couleur indéfinissable, mais dont on devine qu'il a été vert, d'un pull-over gris, d'une vieille chemise de son frère cadet, au col élimé, et chaussée de mocassins antédiluviens bons pour la poubelle, aux contreforts rafistolés avec du chatterton. Quand je les ai vus pour la première fois, je les ai trouvés ahurissants et j'ai dit :
- Mais qu'est-ce que tu fais avec des chaussures pareilles?