La_Souris_bleueRoman de Kate Atkinson (2004)
Livres de Kate Atkinson déjà lus : aucun

Quatrième de couverture :
Un détective privé enquête à Cambridge sur des affaires criminelles qui n'ont jamais été éclaircies. Il doit remonter à des événements souvent très lointains pour suivre les traces de la mystérieuse "Souris Bleue". Les intrigues se déroulent dans des milieux sociaux très divers, allant de la classe ouvrière à la gentry.

Mon avis :
Ne vous fiez pas au titre français. Case Histories (en VO) nous narre les enquêtes simultanées que mène Jackson Brodie pour élucider des affaires non résolues de disparitions ou de meurtres, impliquant des filles. La "souris bleue" en question n'est que le fil conducteur de l'une d'entre elles, alors qu'elle n'est pas plus développée dans le courant de l'intrigue que les deux autres. Putains de traducteurs!
Une fois encore, l'ombre de Lilly Rush plane au-dessus de ce roman qui mêle la légèreté et le tragique, l'onirique et le quotidien. Mais qu'est-ce qu'ils ont tous à s'occuper d'affaires vieilles de plusieurs années? (cf. Cinq petits cochons) Ici le protagoniste et fil rouge de ce roman n'a pas le choix : c'est son métier. Successivement vont lui incomber les missions de résoudre une disparition d'enfant inexpliquée, surgie en 1970 ; l'assassinat d'une jeune fille en 1994 et l'évaporation d'une jeune femme qui a tuée son mari à coups de hache en 1979. Trois crimes distincts, trois milieux sociologiques différents, trois deuils à surmonter. Car La Souris bleue n'est pas tout à fait un roman policier. Kate Atkinson utilise les codes et la trame d'un polar pour mieux appréhender le thème de la reconstruction après une mort ou une disparition. Colère, déni, refoulement ou culpabilisation, chaque personnage va, à sa manière, essayer de survivre à l'absence. Atkinson prend le temps de développer ses personnages, auxquels on s'attache, certains bien malgré nous, parce qu'ils sonnent vrai. C'est parfois dans un détail, une gestuelle, un regard que les personnalités vont se dévoiler et que le masque que la vie nous oblige à porter se fissure, laissant béantes les plaies et les cicatrices.Kate_Atkinson
Ce roman dresse également un portrait intéressant de la paternité, notamment liée à une fille. Kate Atkinson semble chercher le modèle du père idéal entre les figures masculines qui nous sont proposées. Des hommes qui aiment leurs filles, mais toujours d'une façon maladroite. Le rapport père/fille est une relation vouée à se balancer entre l'attirance et l'incompréhension. Ce thème ressort d'autant plus que les mères, dans cette histoire, oscillent entre l'incompétence et la véritable cruauté, quand elles ne sont tout simplement pas mortes. Dans l'univers de Kate Atkinson, une fille se construit d'abord à travers la figure de son père.
Malgré ces aspects bien noirs, La Souris bleue ne manque pas d'humour, loin de là. Humour d'opposition, classique chez les Anglais (les soeurs Amelia et Julia), ou introduction d'un élément perturbateur (la fille de Jackson dans les bureaux), le livre multiplie les bouffées d'humour pour nous faire oublier, le temps de quelques lignes, les drames qui se jouent devant nous.

Elles en parlent aussi : Le Biblioblog Carolyn Grey Jules Praline

Premières lignes :
Quelle chance elles avaient! Une vague de chaleur au milieu des grandes vacances, là où on l'attendait. Tous les matins, levé bien avant elles, le soleil faisait fi des fins voilages qui pendaient mollement aux fenêtres des chambres à coucher, un soleil déjà brûlant et moite de promesses, avant même qu'Olivia n'ait ouvert les yeux. Olivia, matinale comme un coq, toujours la première debout, au point que plus personne dans la maison n'utilisait de réveil depuis sa naissance, trois ans plus tôt.
Olivia la benjamine et donc celle qui dormait dans la petite chambre de derrière tapissée d'un papier peint à motif de comptines, pièce qu'elles avaient occupée à tour de rôle avant d'en être évincées. Olivia, jolie comme un coeur, tout le monde en convenait, même Julia qui avait mis beaucoup de temps à accepter de n'être plus la petite dernière, place dont elle avait fait ses délices pendant cinq ans.