Biblioth_que_de_VillersRoman de Benoît Peeters (1980)
Livres de Benoît Peeters déjà lus : aucun

Quatrième de couverture :
Venu à Villers pour y conduire une enquête sur des crimes vieux de plus de cinquante ans, le narrateur se trouve entraîné, presque malgré lui, dans la plus angoissante des aventures. Plusieurs meurtres vont se produire coup sur coup dans cette ville où le temps semble s'être assoupi. D'abord simple spectateur, le narrateur se trouve soudain mêlé à cette affaire incompréhensible et dont l'étau, cependant, se resserre progressivement autour de lui...

Mon avis :
La Bibliothèque de Villers est un petit livre curieux. Un roman intéressant à découvrir, et passionnant à relire. Il s'agit ici moins d'un roman policier classique que d'un jeu avec le lecteur. Ce court récit est suivi, dans l'édition ici présente, du texte Tombeau d'Agatha Christie, dans lequel Peeters analyse et dissèque le style et l'univers d'Agatha Christie (oui, encore elle!). Il y explique notamment les rapports qui se créent entre le lecteur et les romans de Dame Agatha, les enjeux et la manipulation dont elle doit faire preuve pour appeler l'émotion du lecteur pile poil quand il faut, mais aussi la façon dont la romancière construit ses romans, pour mieux le piéger tout en lui faisant croire qu'il a une longueur d'avance (pauvre ignorant...). C'est en application à sa thèse que Peeters écrit La Bibliothèque de Villers, dans lequel il illustre ses propos. Le résultat est un court roman passionnant et intriguant, qui laisse plus de questions que de réponses après sa lecture. Pourtant, tout dans le livre est sous nos yeux, depuis le départ, pour que nous puissions deviner le coupable - puisqu'il s'agit tout de même d'un roman policier.
En terme d'intrigue, La Bibliothèque de Villers est un polar de facture classique, un peu succinte et même, osons lePeeters_Beno_t dire, un peu pauvre et déjà vu. Cependant, là ne réside aucunement l'intérêt du roman. Comme je le disais au début, l'ouvrage de l'écrivain belge est à prendre comme un jeu. Le moindre détail est à considérer comme un indice. Comme le souligne la quatrième de couverture, le temps semble s'être arrêté sur la ville de Villers, en cet hiver pendant lequel va séjourner notre narrateur. Cette impression est en partie dûe à la neige omniprésente pendant la totalité de l'intrigue, mais également dans les champs lexicaux qu'utilise l'écrivain. Le héros poursuit ses aventures au sein d'un monde en noir et blanc. Contraste créé entre la neige et la nuit, me direz-vous. Et pourtant, pas une seule couleur n'apparaît au sein du texte entier. Que ce soit pour décrire les repas du narrateur : jambon blanc et café, pain noir et camembert, raie au beurre noir et plat de riz, oeufs en neige et délicieux chocolats, mais également dans les oiseaux évoqués (cygnes ou merles) ou la description des personnages (une Nigérienne/un commissaire Weiss [blanc en allemand]), cheveux très noirs/blancheur de la voix pour Albert Lessing, le bibliothécaire. L'autre motif récurrent est le chiffre 5. À quelques exceptions près, ce nombre définit la totalité des mesures qui régissent l'intrigue, la plus belle occurrence étant l'adresse de la pension dans laquelle séjourne le narrteur : 5 rue du 5 mai (05/05). Mais ne vous arrêtez pas en si bon chemin. Prêtez attention aux noms propres, des personnages aux toponymes géographiques. Faites gaffe aux dates et aux durées qui séparent chaque épisode. Souvenez-vous de ce que chaque personnage fait, dit, pense... Benoît Peeters régale les fans de romans policiers qui ont le plaisir d'une lecture participative au polar. Jamais un roman ne m'a fait autant joué le rôle d'un détective. Et là-dessus, l'écrivain ose une mise en abyme des plus savoureuses, lorsque le bibliothécaire souhaite que le livre qu'il est en train d'écrire reste à jamais sans fin... Arriverez-vous à en trouver une à celui-ci avant de devenir fou? Et si je vous disais que tous les indices apparaissent déjà dans ce billet?...

Elle en parle aussi : Lily (Merci de me l'avoir prêté!!!)

Premières lignes :
Il est près de minuit lorsque j'arrive à Villers. Depuis plusieurs minutes déjà, par la fenêtre de mon compartiment, je peux voir défiler, régulièrement alignées, les petites maisons sans caractère construites en grande série pour loger les familles ouvrières qui forment la majeure partie de la population. Epuisé par ces deux journées de voyage et la nuit blanche qui en a résulté, je n'ai, en sortant de la gare sale et mal éclairée, qu'un seul désir : dormir. Je descends au "Cheval blanc", le premier hôtel que j'aperçois. Quelques minutes sont nécessaires pour que le patron émerge de sa somnolence et me conduise en maugréant à une chambre assez miteuse où je m'endors presque immédiatement.