Et_si_c__tait_niaisRoman de Pascal Fioretto (2007)
Livres de Pascal Fioretto déjà lus : aucun

Quatrième de couverture :
Printemps 2007. Alors que la rentrée littéraire approche, Christine Anxiot n'a toujours pas remis son manuscrit annuel. Son éditeur déclenche une enquête sur l'inexplicable disparition, mais les enlèvements d'écrivains continuent. Dans les milieux feutrés de l'édition s'engage alors une impitoyable chasse à l'homme de lettres...

Mon avis :
Vous avez envie de foutre des baffes à Christine Angot? Frédéric Beigbeder vous horripile? Vous pensez que Marc Levy et Anna Gavalda feraient mieux de se cantonner aux modes d'emploi de stylos Bic? Alors ce livre est fait pour vous. Avec un plaisir manifeste, Pascal Fioretto se fout ouvertement de tous les auteurs qui squattent notre petit écran et dont chaque oeuvre crée un événement médiatique dont le contenu n'est pas toujours (voire rarement) à la hauteur du nombre d'exemplaires vendus. Il ne s'agit pas ici d'essayer de faire mieux qu'eux (Peut-on battre Bernard-Henri Levy ou Frédéric Beigbeder sur le terrain de la fiction auto-nombrilisée?), mais bien de les parodier pour faire rire le lecteur. Car disons-le franchement : si le sous-titre de ce roman est "Pastiches", à savoir une imitation minutieuse d'un style, l'auteur se prend surtout à grossir les traits de nos têtes à claques préférées pour en montrer le ridicule. Je dois avouer que certaines de ces parodies (chaque chapitre étant consacré à un écrivain différent) m'ont plus amusé que d'autres. Les parties dédiées à Christine Anxiot, Mélanie Notlong et Anna Galvauda sont particulièrement savoureuses ; je me suis même surpris à pleurer de rire lorsque la copie de Christine Angot menace quiconque ose se trouver sur son chemin de le "dénoncer dans son prochain roman". D'autres chapitres, comme ceux reprenant le style de Marc Levy ou de Jean-Christophe Grangé, grossissent les tics littéraires qui opposent souvent les fans aux détracteurs. Soit la niaiserie sans limite de Marc Levis, les détails outrageusement dégueu de Jean-Christophe Rangé, mais aussi le mysticisme à deux sous de Bernard Werbeux, les logorrhées sans fin de Jean d'Ormissemon, le laconisme incroyable du héros de Fred Wargas, l'ego et le condescendance démesurés de Denis-Henri Lévi et j'en passe.Fioretto_Pascal
On est quand même très loin du chef d'oeuvre avec Et si c'était niais?. Notamment à cause du parti pris même du livre. Changer de ton et de style à chaque chapitre implique un agaçant manque de cohérence dans l'histoire. C'est un peu comme un film avec Leslie Nielsen. On a beau rire (ou pas) à tous ses gags, on a souvent du mal à se souvenir de l'intrigue, qui pourtant pourrait tenir sur un post-it coupé en quatre. L'autre raison pour laquelle ce livre m'a énervé au dernier moment, est l'épilogue du roman, dans lequel Fioretto se dédouane totalement de sa démarche. Oser dire qu'il les a parodiés parce que, finalement, il les aime bien, ça m'a soûlé. On ne s'aventure pas dans ce genre de projet avec la peur de se voir un procès collé au cul. Soit on assume sa part de méchanceté, soit on écrit comme Marc Levy, mais sérieusement. D'autant plus que c'est renier ce qui va motiver les lecteurs à acheter ce livre, et c'est louper une superbe campagne de pub si, effectivement, Et si c'était niais? avait emmerdé l'une de ses victimes.
Je dirai donc à M. Fioretto : Faites-nous rire, mais ne vous excusez surtout pas d'être drôle!

Ils en parlent aussi : Amanda LVE

Premières lignes :
Barbès Vertigo
Denis-Henri Lévi

L'eau glacée sur mon visage finit de me ramener à la réalité. Peu à peu, je vis se redessiner les contours de l'endroit où je me trouvais. Dans un coin sombre de la pièce, devant une étroite fenêtre, l'écran de mon ordinateur portable luisait dans la pénombre jaune.
Combien de temps "cela" avait-il duré, cette fois? Combien d'heures étais-je resté absent à moi-même, à ma mission, à cette vigilance de chaque instant à laquelle je m'astreins inlassablement, nuit et jour, depuis tant d'années? Oui, combien? Je n'en avais pas la moindre idée. Il n'y avait pas d'horloge dans ma mansarde miteuse et j'avais laissé ma montre Bréguet, cadeau de Marek Halter, en sécurité chez moi.
Chez moi! Ces deux mots me semblèrent soudain irréels. Chez moi, c'était ici et maintenant. C'était là-bas et nulle part. J'étais partout chez moi. Mais, en cet instant précis, j'étais de l'Autre Côté. Dans cet ailleurs, si loin et si proche, au-delà du fleuve.