Big_FishRoman de Daniel Wallace (1998)
Livres de Daniel Wallace déjà lus : aucun

Quatrième de couverture :
He could outrun anybody, and he never missed a day of school. Animals loved him. People loved him. Women loved him (and he loved them back). And he knew more jokes than any man alive.
Now, as he lies dying, Edward Bloom can't seem to stop telling jokes - or the tall tales that have made him, in his son's eyes, an extraordinary man.


Mon avis :
Il y a quelque chose de bien frustrant avec les blogs littéraires. Autant il nous est donné la chance de pouvoir communiquer et partager avec n'importe qui en France (et même dans le monde) sur notre passion commune, autant lorsqu'il s'agit d'assister à une rencontre en chair et en livres, je me sens bien isolé dans mon Finistère sombre et humide du mois de novembre. Alors c'est avec enthousiasme (et une once de culot, il faut bien le dire) que je me suis "incrusté" dans la nouvelle thématique du Club Lire et Délires : le retour aux sources. Une idée qui m'a paru très intéressante, et qui me permettait de lire (enfin!) un roman qui trône sur mes étagères depuis un moment et qui correspondait parfaitement à cette ligne directrice.

Retour aux sources : C'est tout d'abord revenir sur le roman qui a inspiré un de mes films préférés. Effectivement, lorsque le film est sorti début 2004 en France, j'ai mis trois jours à m'en remettre, vivant dans une bulle onirique remplie de jonquilles. Ce film arrivait également pile poil lorsque je travaillais sur mon mémoire de Maîtrise dont le sujet était l'évolution du personnage burtonien à travers son oeuvre. Autant dire qu'il pointait son nez un peu tard pour pouvoir être intégré à mon étude, et pourtant il en aurait été une des étapes les plus importantes.Wallace_Daniel
Je n'ai donc pu lire ce livre que par rapport au film, tellement j'en suis encore imprégné. Et le verdict est sans conteste : Burton gagne haut la main. J'avais du mal à penser qu'un auteur avait la même force créatrice et visuelle que Tim Burton, et effectivement, le réalisateur chouchou de notre époque reste le maître incontesté de l'imagination débridée. À côté de son film, le roman de Daniel Wallace paraît bien fade. La contruction de l'histoire était pourtant intéressante. Racontée sous forme de petits contes, William Bloom retrace la vie de son père alors que celui-ci est sur son lit de mort. Seulement les saynètes évoquées prennent l'allure d'ébauches lorsqu'on a vu ce que Burton en a fait. Il y est souvent question d'un événement extraordinaire raconté comme un fait normal, sobriété déstabilisante après le délire visuel du réalisateur. Et la panoplie de personnages complètement fantasmagoriques du film s'avèrent être des gens tout à fait normaux.

Retour aux sources : Mais l'histoire reste tout à fait intéressante. Alors que son père meurt, William lui reproche de n'avoir jamais parlé sérieusement avec lui. Toute communication se faisait sous forme d'histoire, de blague, de fiction. Et même dans ses derniers jours, Edward Bloom refuse d'ouvrir son coeur à son fils unique. Cependant, en retraçant le mythe qu'est devenu son père, Ed revient à l'origine de son caractère, et de la légende qui s'est créée autour de lui. Et quand un homme cherche à comprendre son père, c'est également pour comprendre d'où il vient lui-même. Il est d'ailleurs intéressant de noter que Tim Burton s'est emparé de ce projet (entre les mains de Spielberg au départ) lorsque son propre père est décédé et qu'il était à quelques mois de devenir papa à son tour. Parce que Big Fish reprend la tradition de ces contes oraux que l'on se raconte de père en fils, et qui jalonne l'histoire des Etats-Unis. On peut d'ailleurs voir dans le personnage d'Ed Bloom une Amérique encore très jeune à la recherche de sa propre culture et de sa propre mythologie (bloom = épanouissement). Le roman de Daniel Wallace reprend d'ailleurs des éléments de L'Odyssée d'Homère et de contes populaires américains. William, comme son pays, est à la recherche de figures héroïques (ici son père) pour mieux se construire.

Retour aux sources : Big Fish a été pour moi l'occasion de relire en anglais. Cela faisait des années que ça ne m'était pas arrivé (hormis les Harry Potter), et pourtant la logique voudrait que je le fasse systématiquement, étant donné mon Niveau Maîtrise LLCE Anglais (j'adore les titres pompeux!). J'ai retrouvé les plaisirs de la lecture en version originale, plus lente forcément que dans la langue maternelle, mais parsemée de réflexions sur "Comment j'aurais traduit ça?" et "Géniale cette image!". Ce fut un peu un voyage dans mes années estudiantines, insouciantes et riches de nouvelles expériences. Parce que le pouvoir de la lecture est aussi là : nous ramener à un autre soi.

Roman lu dans le cadre du Retour aux sources du club Lire_et_D_lires auquel ont participé ALaure, Anjelica, BlueGrey, Choupynette, EtoileDesNeiges, Erzébeth et Yueyin. Une bise à chacune!

Premières lignes :
On one of our last car trips, near the end of my father's life as a man, we stopped by a river, and we took a walk to its bank, where we sat in the shade of an old oak tree.
After a couple of minutes my father took off his shoes and his socks and placed his feet in the clear-running water, and he looked at them there. Then he closed his eyes and smiled. I hadn't seen him smile like that in a while.
Suddenly he took a deep breath and said, "This reminds me."