La tête dans les pages

Mes lectures, et ce que j'en retiens...

19 mai 2009

RAISON ET SENTIMENTS (Sense and Sensibility)

Raison_et_sentimentsRoman de Jane Austen (1811)
Livres de Jane Austen déjà lus : Orgueil et préjugés (1813)

Quatrième de couverture :
Raison et sentiments sont joués par deux soeurs, Elinor et Marianne Dashwood. Elinor représente la raison, Marianne le sentiment. La raison a raison de l'imprudence du sentiment, que la trahison du beau et lâche Willoughby, dernier séducteur du XVIIIe siècle, rendra raisonnable à la fin. Mais que Marianne est belle quand elle tombe dans les collines, un jour de pluie et de vent.

Mon avis :
Je ne sais pas qui est la personne responsable de cette quatrième de couverture, mais elle mériterait d'être lapidée d'oeufs en place publique. Voici comment trahir un roman qui essaie de défendre une théorie inverse au résumé. Car bien sûr, Jane Austen, dans ce roman, joue sur la caricature initiale des deux soeurs : Elinor est un peu trop sage et sensée, Marianne un peu trop émotive et spontanée. Cependant, il ne faut pas beaucoup de temps au lecteur pour se rendre compte que les deux personnages représentent le mélange adéquat pour appréhender l'amour, le vrai, l'unique. D'ailleurs, ces deux soeurs peuvent être perçues comme une ébauche du personnage d'Elizabeth Bennet de Orgueil et préjugés, qui sait si bien évoquer ses sentiments fulgurants avec un recul tout anglican.Jane_Austen
Dans Raison et sentiments, Jane Austen raconte donc les déboires des soeurs Dashwood avec leurs amants (au sens obsolète du terme) respectifs. Alors que Elinor s'engage dans une relation si non platonique, du moins "intellectuelle" avec Edward Ferrars, Marianne s'amourache fougueusement du jeune Willoughby, charmeur invétéré vivant chez sa tante. Et autant dire qu'à l'époque, ce n'était pas facile de se trouver un jules. Alors que Ferrars ne veut apparemment pas s'engager pour des raisons mystérieuses, si tant est qu'il soit vraiment amoureux d'Elinor, ce dont elle doute au vu de son manque d'expression sentimentale, Willoughby, lui, ne semble pas vraiment le gendre idéal, profitant de la naïveté de Marianne pour lui promettre monts et merveilles. Et comme habituellement chez Jane Austen, tout le monde va mettre son grain de sel dans ces relations.
J'ai déjà évoqué le style incroyable et inimitable de cet écrivain majeur dans mon billet sur Orgueil et préjugés, je n'y reviendrai pas, l'émerveillement et le plaisir étant intacts. La différence notoire entre ce roman et son successeur, c'est l'aspect urbain de Raison et sentiments. Alors que Orgueil et préjugés se passe exclusivement dans la campagne anglaise, cette oeuvre voit son action se dérouler en grande partie à Londres, milieu grouillant de vie et soumis à un rythme effréné. Austen en profite pour nous peindre une galerie de portraits dont elle seule a le secret, les bassesses de l'être humain étant mis en exergue pour mieux dénoncer un monde empreint de cynisme et d'absurdité. C'est un tourbillon de bals et de rencontres suffocant qui attendent les soeurs Dashwood, comme pour rappeler le tourbillon dans lequel elles se sont engagées en tombant amoureuses. L'introduction de nombreux personnages secondaires peut d'ailleurs devenir une gêne au bout d'un moment pour le lecteur (en l'occurence, moi), arrivant à confondre les amis, les voisins, les notables... Mais l'auteure ne perd jamais le fil de son histoire et le dénouement, qui voit le retour à la campagne tant aimée, ravira les plus romantiques comme les plus sceptiques, Jane Austen ayant toujours le talent de ne jamais tomber dans la mièvrerie. Vivement qu'on se revoit, elle et moi...

Roman lu dans le cadre de la Fashion_Klassik_List

Premières lignes :
La famille Dashwood habitait depuis longtemps dans le Sussex. Elle jouissait d'une large aisance et avait établi sa résidence à Norland Park, au centre de ses domaines où ses membres avaient vécu depuis de nombreuses générations et s'étaient attiré l'estime et le respect de tout le voisinage. Le dernier descendant de cette famille était un célibataire, très avancé en âge. Pendant la plus grande partie de sa vie, il avait vécu avec sa soeur, qui gouvernait son ménage. Mais la mort de celle-ci, survenue dix ans avant la sienne, entraîna un grand changement dans sa maison ; pour compenser cette perte, il installa chez lui la famille de son neveu, Mr. Henry Dashwood, l'héritier naturel des domaines de Norland, à qui il se proposait de les léguer.

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18 février 2008

ORGUEIL ET PRÉJUGÉS (Pride and Prejudice)

Orgueil_et_pr_jug_sRoman de Jane Austen (1813)
Livres de Jane Austen déjà lus : aucun

Quatrième de couverture :
Orgueil et préjugés est le plus connu des six romans de Jane Austen. Son histoire, sa question, est en apparence celle d'un mariage : l'héroïne, la vive et ironique Elizabeth Bennet, qui n'est pas riche, aimera-t-elle le héros, le riche et orgueilleux Darcy? Si oui, en sera-t-elle aimée? Si oui encore, l'épousera-t-elle? Drôle, romanesque, le chef-d'oeuvre de Jane Austen reste tout simplement incontournable!

Mon avis :
Ca y est, je l'ai lu!!! Moi qui me targuais (un peu honteusement) d'avoir réussi à passer cinq ans en faculté d'anglais sans avoir lu un seul roman de Jane Austen, j'ai enfin découvert le roman que toutes les blogueuses littéraires mettent sur le piédestal du roman ultime. Ce n'est donc pas d'avis positifs que je manquais pour me faire un a priori sur ce livre, mais le fait que le public de Jane Austen soit encore apparemment exclusivement féminin à l'aube du XXIe siècle me laissait penser que cette auteure n'était que la précurseuse de la chick lit' à la sauce victorienne. (N'oubliez pas que Helen Fielding s'en est très largement inspirée pour son Journal de Bridget Jones!)
Ce qu'il y a de bien quand on a des préjugés cons et infondés sur un livre, c'est qu'on a d'autant plus de plaisir à constater au fil des pages qu'on avait tort. Parce que Orgueil et préjugés, c'est quand même un putain de bouquin! Tout est absolument génial là-dedans, et il est difficile de relever tous les axes d'analyse de ce chef-d'oeuvre. Pourtant les thèmes ne sont pas très durs à dénicher : Austen nous a mâché le travail en les présentant dans le titre. Dans la société bourgeoise anglaise du début du XIXe siècle, on avait pas grand'chose à faire pour occuper ses journées. Les seuls hobbies que pouvaient trouver les soeurs Bennet et leur mère étaient les bals et les ragots. Si les racontars sont souvent au centre des discussions, Austen bâtit tout son roman autour de cette pratique. Si l'on y réfléchit bien, l'action à proprement parler est très restreinte, et pourtant on a cette sensation de voyager énormément et de rencontrer moults personnages. Cette impression vient du fait que la majorité des événementsnm_jane_austen_071017_ms décrits nous sont rapportés par un personnage, et non racontés en direct. À chaque récit est donc accolé un point de vue, une façon de raconter. C'est bien tout un système de communication que l'écrivain dissèque avec subtilité ; elle nous enseigne les mécanismes de création d'un préjugé.
Et Jane Austen a le regard affûté en ce qui concerne les travers du caractère humain. Sottise, méchanceté, hypocrisie, vanité, tous les défauts de l'homme sont dénoncés et habilement mis en scène, l'auteure n'épargnant aucun de ses personnages. Si on peut bien reconnaître dans celui d'Elizabeth le porte-voix d'Austen, celle-ci ne lui fait pourtant pas de cadeau, et en fait l'archétype-même de l'orgueil, Elizabeth se fiant tellement à son sens aigu du jugement qu'elle ne se doute pas du tout qu'elle se fourvoie en ce qui concerne les deux hommes qui se partagent son coeur : Wickham et Darcy. Aveuglée par les préjugés, elle confond le "good guy" et le "bad guy", et c'est bien son orgueil qui l'empêche de se convaincre de son erreur. D'ailleurs, cette façon d'incriminer autant son héroïne que les personnages qui l'entourent brise un cliché qui entoure la littérature d'Austen. S'il est vrai que ses romans épousent plus facilement le point de vue des femmes et que son personnage d'Elizabeth apparaît comme libre d'esprit dans une société qui ne lui permettait probablement pas de telles attitudes, sa plume laisse néanmoins la part belle à la gent masculine. (Mais ne rêvez pas, les filles, des Darcy, ça ne court pas les rues!) Aussi peut-on parler plus facilement de littérature féminine plutôt que féministe, Jane Austen proposant son regard de femme sur le monde et non une revendication de la libération de la condition féminine.
Enfin, si Jane Austen est entrée au panthéon des grands écrivains, c'est surtout pour sa façon précise et romanesque de décrire la naissance d'un amour. Jamais je n'ai lu une affection entre deux êtres aussi bien dépeinte, chaque étape et sentiment successif étant suggéré dans un torrent d'images qui restent à l'esprit bien des semaines après lecture. Cela explique le succès intemporel que connaissent encore aujourd'hui ses romans, car on n'a jamais fait mieux depuis.

Elles en parlent aussi : Amanda Caro[line] Cuné Karine Katell Lilly Yueyin

Premières lignes :
C'est une vérité universellement reconnue qu'un célibataire pourvu d'une belle fortune doit avoir envie de se marier, et, si peu que l'on sache de son sentiment à cet égard, lorsqu'il arrive dans une nouvelle résidence, cette idée est si bien fixée dans l'esprit de ses voisins qu'ils le considèrent sur-le-champ comme la propriété légitime de l'une ou l'autre de leurs filles.
- Savez-vous, mon cher ami, dit un jour Mrs. Bennet à son mari, que Netherfield Park est enfin loué?
Mr. Bennet répondit qu'il l'ignorait.
- Eh bien, c'est chose faite. Je le tiens de Mrs. Long qui sort d'ici.
Mr. Bennet garda le silence.
- Vous n'avez donc aucune envie de savoir qui s'y installe! s'écria sa femme impatientée.
- Vous brûlez de me le dire et je ne vois aucun inconvénient à l'apprendre.
Mrs. Bennet n'en demandait pas davantage.


Ce roman a été adapté neuf fois pour la télévision et quatre fois pour le cinéma :orgueil_prejujes
174234_Pride_And_Prejudice_Posters- En 1940 par Robert Z. Leonard, sous le titre Orgueil et préjugés, avec dans les rôles principaux Greer Garson, Laurence Olivier et Maureen O'Sullivan.
- En 2003 par Andrew Black, sous le titre Orgueil et préjugés, avec dans les rôles principaux Kam Heskin, Orlando Seale et Ben Gourley.
- En 2004 par Gurinder Chadha, sous le titre Coup de foudre à Bollywood, avec dans les rôles principaux Aishwarya Rai, Martin Henderson et Nadira Babbar.
- En 2005 par Joe Wright, sous le titre Orgueil et préjugés, avec dans les rôles principaux Keira Knightley, Matthew Macfadyen et Rosamund Pike.
Notons également l'adaptation télévisée la plus célèbre :
- En 1995 par Simon Langton, sous le titre Orgueil et préjugés, avec dans les rôles principaux Jennifer Ehle, Colin Firth et Susannah Harker.

Posté par angelwizzard à 00:03 - Austen Jane - Commentaires [20] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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