La tête dans les pages

Mes lectures, et ce que j'en retiens...

12 décembre 2007

LE CARNET ROUGE (The Red Notebook)

2742700307Nouvelles de Paul Auster (1993)
Livres de Paul Auster déjà lus : Moon Palace (1990)

Quatrième de couverture :
Le carnet rouge existe bel et bien. Depuis des années, Paul Auster y consigne des événements bizarres, coïncidences, étrangetés et autres invraisemblances dont il fut un jour victime, confident ou témoin. En anecdotes de quelques pages, parfois seulement de quelques paragraphes, on peut y lire treize nouvelles archibrèves où il se révèle un collectionneur passionné (et un rien inquiet) des bons et mauvais tours que lui a réservés la réalité.

Mon avis :
Etrange objet que ce petit "carnet rouge", car il ne rentre dans aucune catégorie littéraire, et pourtant il s'apparente à toutes. La forme de petites histoires nous amène à songer à des nouvelles, mais le contenu n'est pas le fruit de l'imagination de l'auteur. On ne peut non plus parler de journal intime, car les événements reportés ne sont pas datés, et le livre ne fait l'objet d'un suivi régulier de la vie de l'auteur. Le carnet contient en fait quelques histoires qui ont inspiré Paul Auster, et plutôt significatives de la "musique du hasard", de son monde régi par les coïncidences et les signes qui relient les êtres humains entre eux. Finalement, le genre le plus adéquat auquel pourrait coller Le Carnet rouge, c'est le brouillon. Et encore, pas vraiment, puisque ces histoires ne sont aucunement l'amorce d'un nouveau roman. En fait, ce sont justes des notes. Des notes qui nous font sourire, car si on y réfléchit bien, nous sommes tous victimes ou témoins de heureux hasards ou de circonstances suspectes. Combien de fois avez-vous entendu une chanson au moment où vous y pensiez? Ou de recevoir un appel de la personne que vous étiez sur le point de joindre vous-même? Ce sont de petits incidents qu'on n'oublie bien vite. Paul Auster, lui, non seulement s'en souvient, mais en a fait le terreau qui nourrit toute son oeuvre.auster_200_1
Ce qui est dommage, c'est qu'on est en droit de se demander quelle est la légitimité de la publication d'un tel ouvrage. Ces anecdotes, aussi plaisantes à lire soient-elles, n'en laissent pas moins le lecteur sur sa fin, arrivé au terme des 62 pages que contient le recueil. On aurait préféré lire soient de vraies nouvelles travaillées à partir de ce matériau, soit avoir de plus nombreux exemples des coïncidences qui entourent l'écrivain. Mais là, 62 pages, faut avouer que ça fait un peu radin, tout de même! Ces pages auraient trouvé une meilleure place insérées en tant qu"anecdotes au sein d'une autobiographie que Paul Auster nous livrera sûrement tôt ou tard. Ici elle ne sont juste que l'occasion de combler un vide entre deux romans, Et en cela le livre perd un peu de sa valeur.

Il en parle aussi : Nicolas

Premières lignes :
En 1972, une de mes amies a eu des difficultés avec la loi. Elle vivait en Irlande, cette année-là, dans un petit village non loin de la ville de Sligo. Il se fait que je me trouvais là, en visite, le jour où s'est présenté chez elle le policier en civil qui venait l'assigner à comparaître devant un tribunal. L'accusation était assez grave pour nécessiter un avocat. Mon amie s'est renseignée, on lui a cité un nom, et le lendemain matin nous sommes allés en ville à bicyclette afin de rencontrer ce juriste et de lui parler de l'affaire. À mon étonnement, il travaillait pour un cabinet intitulé ARGUE AND PHIBBS*.
Ceci est une histoire vraie. S'il en est qui ne me croient pas, ils n'ont qu'à se rendre à Sligo et voir par eux-mêmes si je l'ai inventée ou non. Depuis vingt ans, cette appellation me met en joie, et bien que je puisse prouver qu'Argue et Phibbs existaient réellement, le fait que leurs deux noms aient été accouplés (formant ainsi une plaisanterie encore plus délectable, une parfait mise en boîte de la profession légale) est une chose que j'ai encore de la peine à croire.
D'après mes dernières informations (datant de trois ou quatre ans), cette firme continue de prospérer.

* To argue signifie discuter, argumenter ; les fibs sont de petits mensonges, de petites blagues - comme si un cabinet français s'intitulait CRAQUES ET ARGUS (N.d.T.)

Posté par angelwizzard à 23:07 - Auster Paul - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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25 octobre 2007

MOON PALACE (id)

LectureYann037_PaulAuster_MoonPalaceRoman de Paul Auster (1989)
Livres de Paul Auster déjà lus : Moon Palace (1989)

Quatrième de couverture :
Marco Stanley Fogg : le nom même de son héros place ce roman sous le signe de l'exploration et du voyage. Et c'est bien une odyssée qui nous est offerte, dans la tradition des Mille et Une Nuits come du "grand" roman américain ; un parcours fertile en paysages fantastiques, personnages hors du commun, tribulations multiples.
Mais tout voyage est aussi une quête intérieure et initiatique. Sous l'abondance des lieux et des couleurs, le vrai périple de Marco Stanley Fogg est une recherche de l'identité, une exploration de la solitude et de l'incomplétude universelles.

Mon avis :
Il est des romans dont on se souvient avoir gardé une bonne impression, sans se souvenir d'une seule image ou d'un seul épisode. C'est pour moi le cas de Moon Palace, que j'ai lu quand j'étais encore au lycée (il y a une dizaine d'années donc). Je me rappelais que le roman m'avait parlé, mais impossible de me souvenir pourquoi. Aussi quand j'ai repris la lecture de ce livre, j'avais l'impression de découvrir un nouveau roman, une nouvelle histoire. Et j'ai retrouvé les points qui avaient dû me marquer. Car comment pourrais-je rester insensible face à cet orphelin que rien ne semble interpeler dans ce monde? : "Tu es un rêveur, mon petit, me dit-il. Ton esprit est dans la lune et, à en juger sur les apparences, il ne sera jamais ailleurs. Tu n'as aucune ambition, l'argent ne t'intéresse pas, et tu es trop philosophe pour avoir du goût pour l'art. Que vais-je faire de toi?". Ces mots me parlent toujours autant, car il me décrivent. Pourtant, la perspective de me dire que je n'ai pas changé depuis mes 17 ans me frustrent un peu, je dois bien le reconnaître._Auster
Paul Auster nous décrit dans Moon Palace un monde dans lequel l'homme est obligé de connaître la solitude extrême pour mériter sa place dans l'humanité. C'est le chemin que va suivre M.S. Fogg, le jeune héros. Alors qu'il a perdu tous ses proches, il se retrouve sans le sou, avec pour seule compagnie des cartons de livres qu'il doit vendre au fur at à mesure pour pouvoir survivre. Loin de chercher un moyen de se sortir de cette situation, Fogg tente de mener une existence sans appât du gain, refusant le système qui veut qu'on doit travailler pour pouvoir vivre. Il vivra donc jusqu'au bout de ses limites, jusqu'au bout de ses ressources. C'est arrivé à la limite entre la vie et la mort qu'il va découvrir des valeurs auxquelles il ne croyait plus : l'amitié, la gentillesse, l'amour. Telle une révélation, les présences de Zimmer son ami et de Kitty, cette fille qui lui semble immédiatement liée, vont l'amener vers un altruisme total, sans intérêt. C'est ainsi qu'il rencontre Effing, un vieil aveugle qui a besoin d'un garçon de compagnie. Fogg découvre la vie extraordinaire du vieillard qui oscille entre réalité et fiction sans barrière distincte. À la mort d'Effing, Fogg rencontrera le fils de celui-ci, Barber. Entre ces trois hommes, trois vies complètements différentes, trois expériences uniques. Et pourtant tellement de points communs qui les unissent. Tous les trois feront l'expérience de la solitude et du rejet de la société des humains, tous les trois survivront grâce à l'art. Hasard ou coïncidence, l'auteur tend à nous faire penser que nos rencontres et nos vies ne sont pas fortuites. Paul Auster bâtit un monde où, si l'homme est désespéremment seul, tous les éléments de l'univers sont liés et le destin amènera inéluctablement deux particules à se rencontrer si elles peuvent former un ensemble meilleur. Comme les marées qui montent puis se retirent, la Lune attirent et poussent les individus les uns vers les autres, malicieusement elle dirige nos vies.

Elles en parlent aussi :  BlueGrey Livrovore

Premières lignes :
C'était l'été où l'homme a pour la première fois posé le pied sur la Lune. J'étais très jeune en ce temps-là, mais je n'avais aucune foi dans l'avenir. Je voulais vivre dangereusement, me pousser aussi loin que je pourrais aller, et voir ce qui se passerait une fois que j'y serais parvenu. En réalité j'ai bien failli ne pas y parvenir. Petit à petit, j'ai vu diminuer mes ressources jusqu'à zéro ; j'ai perdu mon appartement ; je me suis retrouvé à la rue. Sans une jeune fille du nom de Kitty Wu, je serais sans doute mort de faim. Je l'avais rencontrée par hasard peu de temps auparavant, mais j'ai fini par m'apercevoir qu'il s'était moins agi de hasard que d'une forme de disponibilité, une façon de chercher mon salut dans la conscience d'autrui. Ce fut la première période. À partir de là, il m'est arrivé des choses étranges. J'ai trouvé cet emploi auprès du vieil homme en chaise roulante. J'ai découvert qui était mon père. J'ai parcouru le désert, de l'Utah à la Californie. Il y a longtemps, certes, que cela s'est passé, mais je me souviens bien de cette époque, je m'en souviens comme du commencement de ma vie.

Posté par angelwizzard à 17:44 - Auster Paul - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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