06 juin 2008
DOGGY BAG : SAISON 2
Roman de Philippe Djian (2005)
Livres de Philippe Djian déjà lus : Doggy Bag : Saison 1
Quatrième de couverture :
Avec Doggy bag saison 2, Philippe Djian remporte son audacieux pari : nous tenir en haleine avec le récit du destin pour le moins extravagant de la famille Sollens. L'on y retrouve le même casting de choc. Irène, la mère des frères Sollens, alcoolique et bigote ; Josianne, infirmière torride, divorcée d'un mari impotent et rancunier ; Béa, spécialiste en marketing direct sur canapé et enfin la sulfureuse Edith, accompagnée de sa fille de vingt ans, à la recherche d'un père qui se cache peut-être dans le tableau... Vraies scènes d'amour, drames en direct et vents de folie sur fond de catastrophes naturelles et de violences urbaines! Comme si tout ce petit monde totalement halluciné avait besoin de ça!
Mon avis :
C'est bien connu : les seconds épisodes surpassent rarement les premiers. On peut trouver quelques exceptions ça et là (L'Empire contre-attaque ou Le Parrain II au cinéma), mais une deuxième saison sent souvent le réchauffé, et peine à procurer le même plaisir que nous avons ressenti à la découverte d'une série. Mais là où les scénaristes d'une série télévisée misent tout sur une première saison sans savoir si celle-ci aura une suite, Philippe Djian avait déjà anticipé ses six épisodes dès le départ. Ce qui explique la faiblesse du premier tome, qui se perdait dans la présentation, dans la mise en place des intrigues et la caractérisation des nombreux personnages. Une fois n'est pas coutume, donc, Doggy Bag : saison 2 surclasse de loin son prédécesseur. L'auteur nous fait pénétrer in medias res là où la saison 1 s'arrêtait, et embraye directement sur les conséquences de l'exposition et les péripéties à venir. Car péripéties il y a! Alors que je reprochais un manque d'action évident dans le premier tome, Djian a mis les bouchées doubles pour satisfaire ses lecteurs (en l'occurence, moi!). L'apothéose du roman réside dans la mise en parallèle des situations inextricables dans lesquelles se retrouvent les protagonistes et un déluge apocalyptique qui vient noyer la ville, avec toutes les interprétations que le lecteur veut bien y trouver. Remise à neuf d'un monde obstrué dans sa cruauté et dans son incapacité à communiquer, averse providentielle qui permettent aux personnages de se purger et atteindre la rédemption, ironie d'un monde technologique en proie aux
impondérables de Dame Nature, mise en relief des classes sociales (seuls les riches habitant sur les hauteurs de la ville semblent épargnés par l'inondation), étude comportementale... Djian mêle ainsi le spectaculaire au questionnement et élève son oeuvre vers une qualité thématique que la première saison ne laissait prévoir. Mais cette catastrophe naturelle n'est pas le seul morceau de bravoure du roman : on y trouve de l'héroïsme (le sauvetage de Marc), de l'horrible (le viol de Sonia) et du drôle (les mésaventures d'Irène dans la camionnette [enfin, surtout au départ]). L'auteur n'en oublie pourtant pas un ton cynique et mordant correspondant à ses personnages égoïstes et cruels, mais en les développant il leur rend une part d'humanité à chacun, découvrant leurs faiblesses au fur et à mesure.
Finalement cet épisode renoue avec le projet initial de l'écrivain. On ressent mieux ici le rythme soutenu et le découpage d'une série télé, alternant les scènes d'émotion et celles plus explicatives, laissant le lecteur suspendu aux accroches à chaque fin de chapitre. D'ailleurs, là où la première saison se finissait sur un finale classique, cette suite s'achève sur un cliffhanger des plus efficaces, donnant vraiment la sensation que l'auteur n'a plus rien à apprendre des meilleures séries TV. On aurait presque envie de lire la suite en mangeant du popcorn.
Ils en parlent aussi : Lilly Livrovore Praline Thom
Premières lignes :
Irène regarda son fils droit dans les yeux et lui demanda ce qu'il comptait faire.
Elle n'était pas trop inquiète, cependant. David allait certainement baisser la tête.
Les baies étaient grandes ouvertes sur le jardin. Le soleil brillait. Chaque épreuve surmontée - ces derniers temps en avaient été assez riches -, chaque mauvais pas dont elle s'était tirée l'avait galvanisée.
Levée de bon matin, pleine d'énergie, elle s'était préparée dans perdre une minute - son chignon, néanmoins, frôlait la perfection - afin d'attraper David au vol.
Pour finir, il baissa la tête.
28 avril 2008
DOGGY BAG : SAISON 1
Roman de Philippe Djian (2005)
Livres de Philippe Djian déjà lus : aucun
Quatrième de couverture :
Marc et David Sollens, la quarantaine sexy, ont tout pour être heureux. À la tête d'un florissant garage de voitures de luxe, leur vie s'écoule avec ses faiblesses, ses accélérations, ses rencontres d'un soir, ses passions et ses tracas. Vingt ans plus tôt, ils faillirent pourtant s'entre-tuer pour une jeune femme, Edith, qui disparut comme elle était venue. Les plaies furent pansées et nos deux frères enterrèrent la hache de guerre. Mais par un beau matin, la belle pointa de nouveau le bout de son nez.
Mon avis :
J'ai toujours une fâcheuse tendance à me méfier des romans-concepts. En général, l'auteur veut nous faire de l'esbroufe sur la forme parce qu'il a quelques lacunes au niveau du fond. Si Thom ne louait pas les talents de Philippe Djian aussi souvent, je ne me serait peut-être jamais laissé tenter par ce roman. Qui est en fait un premier épisode. Car le concept de Djian, c'est d'appliquer au roman les codes des séries télé à l'américaine. Pourtant, si l'on remonte un peu l'histoire culturelle, on se souviendra que les codes des séries télé sont directement dérivés de ceux des romans-feuilletons du XIXe siècle. Donc y a-t-il vraiment nouveauté dans ce parti-pris? Je laisse la question en suspens avec un point d'interrogation dubitatif. Si on sent bien, au début du roman, la volonté de l'écrivain de coller à la rythmique épisodesque (?) d'une série, qui soi dit en passant n'est pas très plaisant à lire car elle laisse beaucoup d'éléments en suspens dans la mise en place des décors et de la caractérisation, elle semble s'estomper au fur et à mesure pour récupérer une dynamique de roman classique, se permettant de laisser de côté l'action pour approfondir les pensées intérieures des personnages, chose impossible à faire dans une série à moins d'avoir recours à une voix-off (ou de laisser parler les personnages tous seuls, comme dans les soap operas, mais en général leurs paroles ne peuvent êtres qualifiées de "pensées"!). Philippe Djian s'est-il pris les pieds dans le tapis de son concept? Il n'en ressort pas moins un roman bancal, flou, qui a du mal à décoller de la situation de départ. On est bien d'accord, ce n'est que la première saison. Mais disons que dans une série télé rélle, ce roman aurait de quoi remplir à peine trois épisodes!
Quid de l'histoire? Le point de départ, donc est le retour d'Edith dans la vie des frères Sollens, femme pour laquelle les Marc et David en sont venus à se battre vingt ans auparavant. Pourquoi est-elle revenue? Comment ce retour sera-t-il accepté par les Sollens? C'est ce qui occupe l'intégralité de ce tome. Mais à force de vouloir étirer l'intrigue pour qu'on en sache à peine plus à la fin de ce volume, l'auteur se focalise sur cette arrivée plutôt que sur ses conséquences, et certains passages apparaissent ennuyeux et vides et semblent tourner en rond. Cette nouvelle venue coïncide avec la mise en pièces de la vie de tous les personnages, sans forcément de lien direct explicite. Simple hasard ou bombe symbolique, c'est autour du personnage d'Edith que l'auteur va nous présenter tous les personnages. Personnages qui ont pour point commun d'être tous des monstres d'égoïsme qui essaient de masquer leur malheur et la vacuité de leur existence dans l'argent ou le sexe. Dans une ambiance qui oscille entre Dallas et Melrose Place, et dans une ville imaginaire aux atours américains mais à la culture européenne, Djian nous dépeint une gallerie de personnages auxquels il est difficile de s'identifier, ou même pour lesquels il est dur de compatir. S'il arrive parfaitement à dénoncer l'immoralité et la décadence d'une certaine classe bourgeoise, le roman ne nous permet pourtant pas de comprendre ses protagonistes tant ceux-ci semblent se complaire dans leurs situations pathétiques.
Tout, pourtant, n'est pas négatif dans mon point de vue. S'il est vrai que la fin grandiloquente, contrastant avec le reste du roman tout en intériorité, m'a gêné, Djian fait montre d'un humour acerbe et d'une écriture enlevée et et assure un "montage" digne des meilleures séries à intrigues multiples. Cependant, cet aspect de soap opera intelligent me laisse perplexe, comme si l'auteur avait voulu se moquer de ce qui fait le terreau de son roman. Imaginez que les scénaristes des Feux de l'amour décident de dynamiter la série en l'écrivant sur un mode second degré et cynique, et c'est le foutage de gueule ouvertement balancé à la tronche des fans!
Si mon avis reste mitigé quant à cette première saison, j'espère en lisant la suite (oui, j'ai acheté le coffret, donc je suis un peu obligé de lire la suite) que ce tome rependra tout son sens et sa raison d'être dans l'oeuvre générale.
Ils en parlent aussi : Laiezza Lilly Livrovore Mme Patch Praline Thom
Premières pages :
Certains hommes couchaient avec Béa dans le but d'obtenir une réduction sur l'achat de leur voiture. Sur certains modèles, ils pouvaient réaliser une économie appréciable.
Le jeune gars qui ronflait à côté d'elle, ce matin-là, ne méritait pas vraiment de rouler en Porsche. Elle était déçue. Elle se reprochait, la plupart du temps, d'agir dans la précipitation, de céder aussi facilement, mais pouvait-elle encore y changer quelque chose?
À trente-deux ans, les mauvaises habitudes étaient prises. Elle se donnait jusqu'à trente-cinq, pas un jour de plus. Si rien d'intéressant ne se passait d'ici là, elle s'était juré de se ressaisir, de tourner le dos à la facilité. Elle prendrait alors exemple sur sa soeur qui s'était mariée une bonne fois pour toutes, qui passait son temps à courir les magasins, décorait sa maison et taillait son jardin entre deux séances d'aérobic. Ca ne semblait pas être le bout du monde. Et elles auraient alors des choses à se raconter.

