La tête dans les pages

Mes lectures, et ce que j'en retiens...

07 octobre 2008

VIE ET MORT DE LA JEUNE FILLE BLONDE

Vie_et_mort_de_la_jeune_fille_blondeRoman de Philippe Jaenada (2004)
Livres de Philippe Jaenada déjà lus : Le Chameau sauvage (1997)

Quatrième de couverture :
Eternel adolescent trentenaire, le narrateur promène son vague à l'âme de bistros en dîners mondains. C'est chez Alice et Paul, des hôtes fortunés et alcooliques, qu'il entend parler un soir de Céline, leur fille toxicomane et probablement prostituée. Et si elle n'était autre que la Lolita décomplexée qui l'a jadis initié aux plaisirs du sexe?
Dès lors, il n'a plus qu'une idée en tête : se lancer à la recherche de Céline. Comme si, malgré le temps passé, la nostalgie, la déchéance, il allait pouvoir retrouver, en même temps que le souvenir lumineux de sa jeunesse, un sens à sa vie.


Mon avis :
Le hasard de mon calendrier de critiques veut que je vous parle maintenant de ce roman, que j'ai lu il y a maintenant un petit moment, dans le cadre de l'Aristochat des mois de juin et juillet. (2008, je précise pour les mauvaises langues qui penseraient que j'ai plus d'un an de retard dans mes billets. J'ai beau être lent, je ne suis pas non plus complètement amorphe!) À l'époque, j'étais donc à la découverte de Philippe Jaenada, et j'ai lu ce roman juste après Le Chameau sauvage. Il me sera donc difficile de ne pas faire de comparaison. Donc autant ne faire que ça! ;-)
Ce qui frappe au premier abord, c'est la similitude entre les deux livres : deux rectangles de 17,8cmx11cm rempli de pages blanches avec plein de mots dedans qui forment des phrases, rangées en chapitres. Ces chapitres sont à chaque fois oragnisés dans un ordre précis et cohérent pour... Bon, là, n'allez surtout pas croire que j'essaie de meubler pour occulter le fait que je ne me souviens plus du tout de ce roman! Non non, c'est juste que... euh...
Donc, ces deux romans se ressemblent, ou en tout cas permettent au lecteur d'esquisser l'univers de Jaenada. Les deux histoires sont bâties autour d'un protagoniste relativement oisif, en attente d'un but auquel il pourrait consacrer sa vie. Oui, il ne faut pas croire que les oisifs oisent juste pour le plaisir. En général, il leur manque juste un truc à faire. Dans ces deux romans, c'est l'amour qui sera l'objet de leur quête. Alors que Le Chameau sauvage était une évocation de l'amour avec un grand A, ici l'anti-héros se met à la recherche de celle qui fut son premier amour, ou en tout cas de celle qui lui permit de découvrir la sexualité. Cela va souvent de paire. Mais pas toujours! (enfin là n'est pas le débat) Si l'évocation du passé et des souvenirs est un thème nouveau par rapport à son premier roman, Jaenada revient tout dePhilippe_Jaenada même sur la notion des illusions que l'on se fait sur les personnes, et le contraste avec la dure réalité. Car ses personnages sont tout d'abord de grands rêveurs, qui ont un rapport bien particulier avec le monde qui les entourent, et un sac matelot. Les deux romans abordent aussi la question métaphysique du hasard et du destin. À la question "Halvard et Pollux étaient-ils faits pour se rencontrer ou est-ce le fruit d'heureuses circonstances?", Vie et mort de la jeune fille blonde fait echo avec "Le narrateur était-il amené à revoir Céline?". L'auteur a la délicatesse de ne pas répondre à ces interrogations, auxquelles le lecteur apportera les théories qui lui conviennent.
Dans Vie et mort de la jeune fille blonde, on retrouve également l'humour particulier de l'écrivain. Si les épisodes à se tordre de rire sont moins nombreux, il n'en demeure pas moins une scène de concours de baffes à se pisser dessus. D'ailleurs, la scène entière du dîner qui fait office d'introduction au roman, et dont la longueur nourrit le sentiment d'aller on-ne-sait-trop-où, est un véritable spectacle absurde et barré, présentant des personnages secondaires cocasses comme seul Philippe Jaenada sait nous les dépeindre. Cet humour est toujours teinté d'amertume, amenant le lecteur à traverser les sourires aussi bien que les coups de blues, à compatir pour des personnages abîmés par la vie. Car la magie de Jaenada est d'avoir le talent de raconter la vie, telle qu'elle est.

Ils en parlent aussi : Lilly, Livrovore et Zaph, Thom

Premières lignes :
Un dimanche soir de l'année dernière, au début de l'automne, mes amis Muratti ont organisé un grand dîner dans leur maison du XIVe arrondissement, à Paris. Mon sac matelot à l'épaule, je marchais dans l'impasse obscure qui conduisait chez eux. Ils organisaient de petits dîners tous les soirs de la semaine, et de grands dîners cinq ou six fois par mois. Lorsqu'ils se sentaient vraiment seuls, perdus sur la terre qui tourne (souvent le dimanche soir, mais parfois aussi le lundi, ou le jeudi, car la terre tourne tout le temps).
J'en avais marre, de ces dîners, c'était toujours à peu près pareil. Même dans la violence, le désordre et l'imprévu, c'était toujours à peu près pareil. J'y allais surtout parce que je n'avais rien d'autre à faire, parce que j'étais trop faible pour refuser, je voulais leur plaire, et parce que ces soirées me donnaient l'impression (fausse) de vivre des choses étranges - j'avais besoin de repères au fond, je m'ennuyais (chez eux comme ailleurs). Pourtant, ce soir-là, le ciel allait me tomber sur la tête, et me rentrer dans le corps.

Posté par angelwizzard à 18:32 - Jaenada Philippe - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


24 juillet 2008

LE CHAMEAU SAUVAGE

Le_Chameau_sauvageRoman de Philippe Jaenada (1997)
Prix de Flore

Livres de Philippe Jaenada déjà lus : aucun

Quatrième de couverture :
Halvard Sanz est un gentil garçon. Signe particulier : doué pour les catastrophes en série. Il y a des gens qui n'ont pas de chance, mais qui, genoux à terre, toujours se relèvent. Halvard est de ceux-là. Quête initiatique, roman picaresque, amour allégorique, loufoques aventures servies par une verve intarissable... Mais le chameau sauvage dans tout ça? Quand vous en connaîtrez le principe, comme Halvard, vous verrez la vie differemment.

Mon avis :
Il faut bien l'avouer, la littérature française actuelle ne pêche par excès d'humour. Si elle ne tombe pas forcément dans le sinistre affligeant (et pourtant, il y en a!), elle semble se complaire dans une mélancolie confortable ou le rire serait un couac à des proses travaillées à la lettre près. C'est dans ce climat que depuis une dizaine années sévit Philippe Jaenada, dont l'univers, s'il n'est pas complètement barré, a pour lui d'être délicieusement décalé. Car Jaenada a quelque chose de très rare en ce pays à la littérature pontifiante : de l'humour. Et de l'humour drôle en plus! Il m'a fait rire comme je n'avais pas ri depuis longtemps devant un livre (non, M. Jaenada, ceci n'est pas une déclaration d'amour!).
Jaenada est la définition même de l'auteur décalé, celui qui va nous donner une vision de la réalité qui est juste à côté du bons sens commun, à travers les yeux d'un personnage qui est juste à côté de ses pompes. En cela la première partie du Chameau sauvage est un morceau de bravoure qui monte comme oeufs en neige, laissant le lecteur se demander si Halvard Sanz n'est pas parfois plus con qu'opiniâtre, et inversement. En cela il est dur de ne pas faire le rapprochement avec le personnage de Wilt, anti-héros aussi malchanceux de Tom Sharpe, qui a pour habitude également de se retrouver toujours dans des situations hallucinantes partant d'un point de départ anodin.Philippe_Jaenada
Mais Le Chameau sauvage ne serait pas ce qu'il est si à un humour féroce et ravageur ne se mêlait une poésie pétillante, tant dans les mots que dans l'action. Jaenada manie la parenthèse de digression comme personne, alignant les cinquième ou sixième couches de pensée sans jamais perdre le fil ni le lecteur. Ce sont parfois des sauts périlleux cérébraux auxquels nous convie l'auteur, qui pourraient se traduire comme un 360° d'une simple idée, dans un style léger et fluide, comme si un copain érudit vous racontait cette histoire de vive voix. Poésie du texte donc, mais aussi poésie de situation. À ce titre, le récit du premier rendez-vous officiel entre Halvard et Pollux, du coup de téléphone à la nuit tombée, est un moment de grâce littéraire. J'y ai lu l'une des plus histoires d'amour de la littérature. Entre la maldresse de l'un et le mystère de l'autre se crée une alchimie indescriptible que l'auteur a su dépeindre avec... magie! Je ne vois pas d'autre mot. J'ajouterais même que les hommes peuvent en vouloir à l'auteur d'oser briser cette image d'assurance que nous, les hommes, avons tenté de travailler pendant des années. Jaenada ose montrer les hommes tels qu'ils sont lors d'un rendez-vous amoureux, de l'incertitude bénigne au stress paralysant. (M. Jaenada, vous n'êtes qu'un traître!).
Enfin, Le Chameau sauvage est une quête de soi qui peut parler à chaque lecteur. À plusieurs reprises, le narrateur erre dans les rues de Paris comme dans le flot de ses pensées, cherchant entre les lignes un sens à sa vie. Jusqu'à ce qu'il découvre le but ultime pour lui : aimer Pollux Lesiak. Mais avant de parvenir à cette conclusion, Halvard interroge, toujours sous l'oeil de l'humour, sa place dans le monde. Ce monde qui semble lui en vouloir, et qui pourtant ne cesse de lui démontrer, à travers les personnages qu'il rencontre, que sa vie n'est après tout pas si mal, qu'elle vaut mieux qu'une tournée des bars embrumée de whisky qui finit dans une amnésie passagère. Chaque second rôle qui croise la route de Halvard est une occasion pour lui de démontrer inconsciemment qu'il a foi en l'humain, qu'il est prêt à accepter ce monde qu'il semble rejeter de prime abord.

Ils en parlent aussi : Caro[line] Cécile Inganmic Laiezza et Lily Praline Thom
Philippe Jaenada est l'Aristochat des mois de juin/juillet chez les Chats de Bibliothèque

Premières lignes :
Un jour, ce n'est rien mais je le raconte tout de même, un jour d'hiver je me suis mis en tête de réparer le radiateur de ma salle de bains, un appareil à résistances fixé au-dessus de la porte. Il faisait froid et le radiateur ne fonctionnait plus (ces précisions peuvent paraître superflues : en effet, si le radiateur avait parfaitement fonctionné, un jour de grande chaleur, je ne me serais sans doute pas mis en tête de le réparer - je souligne simplement pour que l'on comprenne bien que ce premier dérapage vers le gouffre épouvantable n'était pas un effet de ma propre volonté, mais de celle, plus vague et pernicieuse, d'éléments extérieurs comme le climat parisien ou l'électroménager moderne : je ne suis pour rien dans le déclenchement de ce cauchemar). Dans le domaine de la réparation électrique, et d'ailleurs de la réparation en général, j'étais juste capable de remettre une prise débranchée dans les trous. Pas de prise à ce radiateur, évidemment. Mais je ne sais pas ce qui m'est passé sous le crâne ce jour-là, je me suis cru l'un de ces magiciens de la vie pour qui tout est facile (il faut dire que jamais encore je n'avais été confronté à de réels obstacles, ni dettes faramineuses, ni chagrins d'amour, ni maladies graves, ni problèmes d'honneur avec la pègre, ni pannes de radiateur, rien, peut-être un ongle cassé - alors naturellement, j'étais naïf).

A__PolluxCe roman a été adapté au cinéma en 2002 par Luc Pagès sous le titre A+ Pollux, avec dans les rôles principaux Gad Elmaleh, Cécile de France et Nathalie Boutefeu

Posté par angelwizzard à 11:47 - Jaenada Philippe - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,
« Accueil  1