La tête dans les pages

Mes lectures, et ce que j'en retiens...

25 août 2008

UN LONG DIMANCHE DE FIANÇAILLES

Un_long_dimanche_de_fian_aillesRoman de Sébastien Japrisot (1991)
Prix Interallié
Livres de Sébastien Japrisot déjà lus : Piège pour Cendrillon (1965)

Quatrième de couverture :
Ils étaient cinq.
Cinq soldats français condamnés à mort en conseil de guerre, aux bras liés dans le dos. Cinq soldats qu'on a jetés dans la neige de Picardie, un soir de janvier 1917, devant la tranchée ennemie, pour qu'on les tue. Toute une nuit et tout un jour, ils ont tenté de survivre. Le plus jeune était un Bleuet, il n'avait pas vingt ans.
À l'autre bout de la France, la paix venue, Mathilde veut savoir la vérité sur cette ignominie. Elle a vingt elle aussi, elle est plus désarmée que quiconque, mais elle aimait le Bleuet d'un amour à l'épreuve de tout, elle va se battre pour le retrouver, mort ou vivant, dans le labyrinthe où elle l'a perdu.
Tout au long de ce qu'on appellera plus tard les années folles, quand le jazz aura couvert le roulement des tambours, ses recherches seront ses fiançailles. Mathilde y sacrifiera ses jours et, malgré le temps, malgré les mensonges, elle ira jusqu'au bout de l'espoir insensé qui la porte.


Mon avis :
Il est plus logique de lire un roman avant de voir son ou ses adaptations cinématographiques. Mais le hasard des choses fait que parfois, l'inverse se produit. Ce n'est pas toujours gênant : par exemple, avoir lu Orgueil et préjugés de Jane Austen après avoir vu le film de Joe Wright ne m'a aucunement perturbé. Je dois malheureusement avouer que, dans le cas d'Un long dimanche de fiançailles, l'expérience n'a pas été convaincante. Déjà parce que Jean-Pierre Jeunet a un univers visuel très fort, et qu'il est difficile de se représenter une histoire sous un autre angle quand on a des images encore fraîches et puissantes à l'esprit. De plus, comment ne pas juxtaposer le visage d'Audrey Tautou à celui de Mathilde, alors que dans le roman il s'agit d'une grande fille à cheveux longs? Enfin, le fait que les protagonistes ne vivent pas en Bretagne, mais dans les Landes, m'a beaucoup dérangé. Je m'explique : Jeunet a utilisé un gag du livre (Manech venant de Cap Breton [et son prénom se prononçant donc Manèche, et non Manek!], tous les soldats pensaient qu'il était natif de Bretagne) au pied de la lettre pour resituer son histoire. Il a également changé le handicap de Mathilde (elle n'est plus dans un fauteuil roulant, mais claudique dans le film, maladie très courante en Bretagne) pour des raisons évidentes de rythme et d'action. Je n'ai pu m'empêcher, pendant toute la lecture du roman, de penser qu'on m'avait volé une héroïne régionale, ce qui est idiot, chronologiquement parlant. Mais connaissantS_bastien_Japrisot personnellement certains lieux utilisés comme décors du film, j'avais à jamais associé Un long dimanche de fiançailles à ma Bretagne chérie.
Ceci n'a quand même pas complètement altéré le plaisir que j'ai eu à la découverte de ce roman. Japrisot maîtrise l'enquête comme personne. C'est une valse d'indices, de faux-semblants, de chausse-trapes et de signes révélateurs qui se dénoue tout au long du récit, à mesure que Mathilde mène son combat désespéré. Après la lecture de Piège pour Cendrillon et le résumé de quelques autres de ses romans, il semblerait que Sébastien Japrisot bâtisse ses oeuvres comme des puzzles, dont chaque pièce doit être retrouvée afin que la vérité éclate enfin. Ses héroïnes, obsédées par le passé, font preuve d'une opiniâtreté et d'une détermination à toute épreuve, défiant toute loi de la logique et de la bienséance, affichant même une attitude absurde face à l'évidence de la situation. À travers la structure de ses romans, Japrisot instaure une mise en abyme. Parallèlement à ses personnages qui reconstruisent des tableaux par petites touches, nous devinons l'auteur qui construit petit à petit son propre roman, guidant le lecteur (ou le trompant), pour l'amener d'une situation initiale à la conclusion.
Ce qui fait d'Un long dimanche de fiançailles une pièce unique dans l'oeuvre de Japrisot, c'est sa force d'évocation, notamment de la guerre dans les tranchées. Il m'est arrivé à maintes reprises de revoir les images qui m'avaient envahi après avoir lu Le Feu d'Henri Barbusse, roman autobiographique indispensable pour comprendre les événements de l'époque de l'intérieur. Japrisot touche du doigt cette verité-là. Si la première partie du roman peine à décoller au niveau du rythme et de l'intrigue, elle insiste sur l'ignominie et la cruauté de la situation dans laquelle se retrouve ces cinq jeunes soldats dont la seule faute est d'avoir voulu échapper à une mort certaine et absurde. Et au fil du roman, c'est bien cette première partie qui nous avait paru pénible qui revient en mémoire, comme un sentiment crasse qui colle à la peau et dont on ne peut se débarrasser. Jean-Pierre Jeunet, dans son film, a voulu en faire un spectacle d'artifices, loin de la violence sourde et étouffante des descriptions de l'écrivain. Si Japrisot n'a pas eu la bonne idée de situer son roman en Bretagne, au moins lui a-t-il donné, sans savoir, son caractère.

Elles en parlent aussi : Le Biblioblog RêveJeanne
Sébastien Japrisot est l'Aristochat des mois d'août/septembre

Premières lignes :
Il était une fois cinq soldats français qui faisaient la guerre, parce que les choses sont ainsi.
Le premier, jadis aventureux et gai, portait à son cou le matricule 2124 d'un bureau de recrutement de la Seine. Il avait des bottes à ses pieds, prises à un Allemand, et ces bottes s'enfonçaient dans la boue, de tranchée en tranchée, à travers le labyrinthe abandonné de Dieu qui menait aux premières lignes.
L'un suivant l'autre et peinant à chaque pas, ils allaient tous les cinq vers les premières lignes, les bras liés dans le dos. Des hommes avec des fusils les conduisaient, de tranchée en tranchée - floc et floc des bottes dans la boue prises à un Allemand -, vers les grands reflets froids du soir par-delà les premières lignes, par-delà le cheval mort et les caisses de munitions perdues, et toutes ces choses ensevelies sous la neige.


Un_long_dimanche_de_fian_ailles_filmCe roman a été adapté au cinéma par Jean-Pierre Jeunet en 2004, sous le titre Un long dimanche de fiançailles, avec dans les rôles principaux Audrey Tautou, Gaspard Ulliel et Dominique Pinon.

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23 décembre 2007

PIÈGE POUR CENDRILLON

30847_0Roman de Sébastien Japrisot (1963)
Grand Prix de Littérature policière
Livres de Sébastien Japrisot déjà lus : aucun

Quatrième de couverture :
Mon nom est Michèle Isola
J'ai vingt ans
L'histoire que je raconte est l'histoire d'un meurtre
Je suis l'enquêteur
Je suis le témoin
Je suis la victime
Je suis l'assassin
Je suis les quatre ensemble, mais qui suis-je?

Mon avis :
De Sébastien Japrisot, je ne connaissais que les adaptations ciné de ses romans, de L'Eté meurtrier à Un long dimanche de fiançailles, et ses héroïnes torturées et exigentes au caractère insupportable. C'est donc avec Piège pour Cendrillon que je découvre l'écrivain. Un écrivain qui a décidé de jouer avec les codes du polar, de les mélanger et de les servir à sa sauce. En lisant la quatrième de couverture, vous verrez de quoi je parle. Japrisot a réussi à réunir les quatre archétypes du roman policier pour les confondre en une seule et même personne et créer l'héroïne d'un roman haletant et complètement fou, que vous aurez bien du mal à lâcher. Mais comment a-t-il fait, me demanderez-vous? (si si, vous me le demanderez, sinon, ça fout toute ma critique en l'air!) Michèle se réveille un matin dans un hôpital. Elle a été victime d'un incendie, est accuse de sérieuses brûlures aumostra_fotografiaautor visage et aux mains. Michèle a perdu la mémoire après l'accident, et ne se souvient de rien. Elle va donc devoir reconstruire son identité grâce aux dires du médecin et de son entourage. Son entourage, en l'occurence, n'est composé que de Jeanne Murneau, une grande Italienne qui joue le rôle d'ancienne nourrice. Michèle est obligée de croire ce que lui dit Jeanne. Pourtant, elle sent que quelque chose cloche. La situation de départ soulève déjà une angoissante réflexion sur l'identité. Qu'est-ce qui fait que Michèle est Michèle? Elle ne peut se fier à son visage, ni à ses empreintes digitales, puisqu'ils n'existent plus. Se construit-on seulement par rapport à l'image que les gens disent de nous, où a-t-on une personnalité établie qu'on peut retrouver en toute circonstance, comme une empreinte génétique?
Au fur et à mesure que Michèle poursuit sa quête d'identité, elle découvre que l'incendie dans lequel elle a été impliquée n'était pas un accident, qu'il a fait une victime, une jeune femme, comme elle, et que Jeanne n'est pas vraiment toute blanche dans cette affaire. Chaque élément de l'enquête que découvre l'inspectrice Michèle a des répercussions sur la victime Michèle, et ajoute une touche de vérité sur le rôle qu'a pu jouer la coupable Michèle. Cette enquête, bien sûr amène le témoin Michèle à se souvenir peu à peu de ce qui s'est passé. Mais la mémoire se mêlant aux affirmations de la nourrice, Michèle voit l'événement se dérouler successivement à travers ses yeux et ceux de Do, l'autre victime. Car Michèle, au fond, n'est-elle pas Do?
Japrisot, de son écriture précise et enchanteresse, créer une enquête de l'intérieur (dans la tête de Michèle), où tous les protagonistes se confondent, pour faire éclater la vérité à l'extérieur. Ou quand le polar nous plonge dans des mises en abyme à l'infini, pour mieux perdre un lecteur et démêler une intrigue à la fois.

Premières lignes :
Il était une fois, il y a bien longtemps, trois petites filles, la première Mi, la seconde Do, la troisième La. Elles avaient une marraine qui sentait bon, qui ne les grondait jamais lorsqu'elles n'étaient pas sages, et qu'on nommait marraine Midola.

Un jour, elles sont dans la cour. Marraine embrasse Mi, n'embrasse pas Do, n'embrasse pas La.
Un jour, elles jouent aux mariages. Marraine choisit Mi, ne choisit jamais Do, ne choisit jamais La.
Un jour, elles sont tristes. Marraine qui s'en va, pleure avec Mi, ne dit rien à Do, ne dit rien à La.
Des trois petites filles, Mi est la plus jolie, Do la plus intelligente, La est bientôt morte.

 

piege_pour_cendrillonCe film a été adapté au cinéma par André Cayatte en 1965, avec dans les rôles principaux Dany Carrel, Madeleine Robinson et Hubert Noël.

Posté par angelwizzard à 19:01 - Japrisot Sébastien - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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