9782351780305Roman de David Vann (2008)
Livres de David Vann déjà lus : aucun

Quatrième de couverture :
Une île sauvage du Sud de l'Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C'est dans ce décor que Jim décide d'emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d'échecs personnels, il voit là l'occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu'il connaît si mal.
La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu'au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin.


Mon avis :
Sukkwan Island est un roman noir, très noir. De ceux qui vous emmènent dans les tréfonds de l'âme humaine. Ici le cauchemar commence dès les premières pages : on sent très bien qu'il y a un truc qui ne colle pas entre Roy et son père. Sentiment d'abandon et d'incompréhension d'un côté, automatismes de vie ratée de l'autre : le cocktail est explosif. David Vann maîtrise avec justesse la tension qui peut naître entre deux personnages, notamment en les confrontant à une nature hostile et étouffante. Ce huis-clos à ciel ouvert met en parallèle la précarité de la vie de nos deux habitants temporaires, et l'aridité des sentiments qui les lient. Car je n'ai jamais lu plus froide relation père/fils. Entre un père qui fait des efforts pour agir, mais qui n'arrive pas à se sortir d'une mécanique de l'échec, et un fils qui a laissé tomber et qui ne cherche qu'à fuir, la communication est impossible.vann
La seconde partie du roman nous emmène encore plus loin. David Vann démonte le processus de deuil, entre le déni, la culpabilisation et la tristesse. Ou comment survivre quand il est déjà trop tard. Peut-on porter le poids de la mort de son fils, quand on sait qu'on n'a pas été capable de l'aimer de son vivant? Le roman ne prétend pas répondre à cette question, mais en pose des douloureuses qui ne laissent pas indemne.

Premières lignes :
On avait une Morris Mini, avec ta maman. C'était une voiture minuscule, comme un wagonnet de montagnes russes et un des essuie-glaces était bousillé, alors je passais tout le temps mon bras par la fenêtre pour l'actionner. Ta maman était folle des champs de moutarde à l'époque, elle voulait toujours qu'on y passe quand il faisait beau, autour de Davis. Il y avait plus de champs alors, moins de gens. C'était le cas partout dans le monde. Ainsi commence ton éducation à domicile. Le monde était à l'origine un vaste champ et la Terre était plate. Les animaux de toutes espèces arpentaient cette prairie et n'avaient pas de noms, les grandes créatures mangeaient les petites et personne n'y voyait à redire. Puis l'homme est arrivé, il avançait courbé aux confins du monde, poilu, imbécile et faible, et il s'est multiplié, il est devenu si envahissant, si tordu et meurtrier à force d'attendre que la Terre s'est mise à se déformer. Ses extrémités se sont recourbées lentement, hommes, femmes et enfants luttaient pour rester sur la planète, s'agrippant à la fourrure du voisin et escaladant le dos des autres jusqu'à ce que l'humain se retrouve nu, frigorifié et assassin, suspendu aux limites du monde.
Son père fit une pause et Roy demanda : Et après?

D'autre avis : Caro[line] Cuné Fashion Victim Lily