La tête dans les pages

21 février 2013

Suite de mes aventures

Ca me chatouillait depuis un moment, et puis j'ai succombé. Je suis revenu pour de nouvelles aventures littéraires. C'est pas encore ça au niveau du style, mais comme on dit, c'est en écrivant qu'on redevient le chieur que l'on était. Alors si vous ne m'avez pas oublié, ou que vous vous demandez ce que je suis devenu, c'est par ici! En tout cas, à moi vous m'avez manqué follement, éperdument, douloureusement...

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09 septembre 2010

LA REINE DANS LE PALAIS DES COURANTS D'AIR (Luftslottett som sprängdes)

45285921Roman de Stieg Larsson (2007)
Livres de Stieg Larsson déjà lus : Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes (2005) La Fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette (2005)

Quatrième de couverture :
Que les lecteurs des deux premiers tomes de la trilogie Millénium ne lisent pas les lignes qui suivent s'ils préfèrent découvrir par eux-même ce troisième volume d'une série rapidement devenue culte.
Le lecteur du deuxième tome l'espérait, son rêve est exaucé : Lisbeth n'est pas morte. Ce n'est cependant pas une raison pour crier victoire : Lisbeth, très mal en point, va rester coincée des semaines à l'hôpital, dans l'incapacité physique de bouger et d'agir. Coincée, elle l'est d'autant plus que pèsent sur elles diverses accusations qui la font placer en isolement par la police. Un ennui de taille : son père, qui la hait et qu'elle a frappé à coups de hache, se trouve dans le même hôpital, un peu en meilleur état qu'elle...
Il n'existe, par ailleurs, aucune raison pour que cessent les activités souterraines de quelques renégats de la Säpo, la police de sûreté. Pour rester cachés, ces gens de l'ombre auront sans doute intérêt à éliminer ceux qui les gênent ou qui savent.
Côté forces du bien, on peut compter sur Mikael Blomkvist, qui, d'une part, aime beaucoup Lisbeth mais ne peut pas la rencontrer, et, d'autre part, commence à concocter un beau scoop sur des secrets d'Etat qui pourraient, par la même occasion, blanchir à jamais Lisbeth. Mikael peut certainement compter sur l'aide d'Armanskij, reste à savoir s'il peut encore faire confiance à Erika Berger, passée maintenant rédactrice en chef d'une publication concurrente

Mon avis :
Il est toujours difficile de clore une trilogie. Peur de décevoir, risque de perdre certains personnages ou certaines intrigues en route, lassitude... Avec ce tome, Stieg Larsson nous a fait un beau cadeau, parce que La Reine dans le palais des courants d'air, c'est l'apothéose de Millénium, le plaisir du premier et du deuxième multiplié par 10.
L'auteur jongle avec les intrigues pour nous proposer un ensemble cohérent et vertigineux, tout en réussissant à décrypter pièce par pièce le puzzle du complot. Souvenez-vous : dans le premier tome, deux enquêtes avançaient en parallèle, celles de Mikael et de Lisbeth. Dans le deuxième tome s'ajoutaient les recherches de la police. Ici, c'est un festival d'enquêtes qui s'entrecoisent et se recoupent pour mieux arriver à un but commun : sauver Lisbeth Salander.Sieg_Larsson6
Ce troisième tome prend le temps de revenir en arrière, dans l'enfance de Lisbeth, mais même avant. Chaque page nous régale de détails supplémentaires qui permettent au lecteur d'appréhender tout l'univers de Larsson dans sa globalité. De plus s'ajoute l'histoire en parallèle d'Erika Berger dans un autre journal. Histoire superflue? Non, car le nom de la trilogie, c'est Millénium, c'est donc bien l'histoire quotidienne d'un journal que l'auteur a décidé d'évoquer dans cette saga. Et quoi de plus prenant que le dilemme que traverse Erika en changeant de bord? D'autant plus que tous les chapitres qui lui sont consacrés sont autant de bouffées d'oxygène dans la course à la Lisbeth.
D'ailleurs, en parlant de Lisbeth, c'est un tour de force que nous offre l'écrivain, en faisant de l'héroïne un point central immobile. Cette jeune femme qui a toujours fait en sort de se débrouiller seule est contrainte de se soumettre à l'amitié des gens qui se sont (bizarrement) attachés à elle. La galerie de personnages que Larsson nous a proposé jusque-là s'agrandit encore. Les deux figures que l'on retient dans ce tome sont Evert Gullberg, figure de la dignité même, dernier pilier d'un empire qui s'effondre, et Rosa Figuerola, fantasme sur patte et flic de choc.
Autant dire que La reine dans le palais des courants d'air est un pur bijou et laisse un goût de regret quand on sait qu'on ne pourra plus lire de nouveautés de cet auteur. Mais cette trilogie est tellement dense qu'une relecture (ou deux) sont nécessaires pour apprécier l'unicité de cet OVNI littéraire.

D'autres avis : Amanda Meyre Florinette Grominou Jules Katell Moustafette Praline

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07 août 2010

JANE EYRE (Jane Eyre)

9782253004356Roman de Charlotte Brontë (1847)
Livres de Charlotte Brontë déjà lus : aucun

Quatrième de couverture :
Une jeune gouvernante aime le père de ses élèves et est aimée de lui. Mais elle résiste à cet amour, découvrant avec horreur l'existence de la première femme de Rochester, pauvre folle enfermée par son mari. L'histoire, qui trouve son origine dans la jeunesse tourmentée de son auteur, fait se succéder coups de théâtre et de passion, fuite éperdue dans les landes et sens du devoir jusqu'à l'héroïsme.

Mon avis :
Avant de parler de ce classique de la littérature britannique, je tiens à porter mon attention sur la quatrième de couverture, qui est l'une des plus mauvaises que je n'ai jamais lues. Souvenez-vous, j'avais déjà évoqué celle de Raison et Sentiments, qui était d'une inutilité sans nom. Eh bien là, c'est encore mieux : l'auteur de ces quelques lignes n'a même pas lu le livre, et se permet de balancer l'un des rebondissements les plus importants, qu'on a dû lui souffler à l'oreille. Je ne sais pas si Le Livre de Poche a conservé ce résumé, ayant en ma passession une vieille édition dont je ne retrouve même pas la couverture sur internet, mais c'est un crime contre le livre. Jane Eyre n'est pas gouvernante, mais institutrice, il s'agit d'un seul enfant, en l'occurence d'une fille, et dont Rochester n'est même pas le père. J'espère que la personne qui a écrit ces quelques lignes se fait régulièrement lapidée par des amateurs de classiques.
Revenons au roman : Je découvre donc l'univers des soeurs Brontë, et plus particulièrement de Charlotte, avec ce roman certes intéressant et plein de qualités, mais que je qualifierais de... bancal. Car autant certains passages emportent mon enthousiasme, autant d'autres me font soupirer d'ennui ou de circonspection. Il est clair que le personnage de Jane Eyre est très intéressant, mélange de résignation et d'opiniâtreté, d'intelligence et de naïveté. Il estbronte10 également de commune mesure de dire que le personnage de Rochester est fascinant, et je comprends la midinette qui sommeille en chacune des lectrices que je connais, et pourquoi il est si souvent cité parmi les archétypes masculins littéraires. Cependant, ce qui m'ennuie dans ce livre, ce sont les pages et les pages de bla-bla inutiles qui servent à résumer une idée, notamment quand ces logorrhées mentales sont accompagnées d'un soupçon de religion. Je veux bien croire que l'héroïne subisse des interrogations et autres tergiversations, mais pourquoi nous en faire part pendant des heures? De plus, Charlotte Brontë a le hasard un peu facile dans ses rebondissements. Car franchement, si vous vous perdiez dans les landes des Monts d'Arrée (non, je n'ai pas mal lu ; j'adapte à ma sauce!), vous auriez combien de chances, en pleine nuit, dans une région que vous ne connaissez pas, de tomber sur vos cousins inconnus? On est bien d'accord, c'est un peu too much! Sans évoquer le miracle final, à la limite du ridicule. Et je reproche également à la jeune Charlotte un manque de subtilité quant à l'esquisse de personnages secondaires, tels que Blanche Ingram ou Adèle, symboles d'un univers que l'auteure connaît apparemment mal, et qu'elle aurait dû laisser aux bons soins de Jane Austen.
Tout ceci n'empêche pas Jane Eyre d'être un roman important, pour l'aspect résolument indépendant et féministe de la protagoniste, mais aussi pour l'évocation poétique du Yorkshire.

D'autres avis : Caro[line] Grominou Lilly

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09 juillet 2010

L'ÎLE DANS UNE BASSINE D'EAU

L_ile_dans_une_bassine_d_eau_et_autres_contes_choisisContes de Béatrix Beck (1996)
Livres de Béatrix Beck déjà lus : aucun

Quatrième de couverture :
Une fée vole inlassablement sur les routes à la recherche d'un nouveau-né dont elle pourrait être la marraine.
Au fond d'un palais, un enfant passe ses colères sur les habitants minuscules d'une île qui flotte au milieu d'une bassine d'eau.
Plus loin, dans un lieu sauvage, les cris de désespoir d'une princesse triste à mourir donnent naissance à des oiseaux.
Ailleurs, on voit une petite fille de verre qui ne peut se mettre à courir sans que ses parents lui crient de faire attention, qui ne peut manger un bonbon sans que tout le monde le sache, qui ne peut formuler le plus petit mensonge sans risquer de se fêler.
Quinze contes qui montrent le monde sous un jour inquiétant et magique.


Mon avis :
Je pense que chacun de vous (oui, vous blogueuses et blogueurs littéraires) avaient fait votre apprentissage de la littérature par les contes. Personnellement, j'en bouffais par tonnes, dévorant mes livres (et ceux de ma soeur, au passage), du type "Un conte pour tous les jours". J'adorais découvrir des mondes où le fantastique et le réel se mêlaient sans barrière, où les princesses et les animaux vivaient des expériences incroyables, souvent résumées en quelques lignes ou en quelques pages. Bien sûr, je n'avais pas le recul nécessaire pour comprendre l'importance de la morale finale, et encore moins les sous-entendus psychologiques qui ont transformé mes personnages préférés en pervers polymorphes. Mais je dois dire que si, aujourd'hui, je suis un mec bien (et je ne vous laisserai pas dire le contraire!), c'est en grande partie grâce aux contes de fées.Beck
J'ai donc toujours un certains plaisir à relire ces petites histoires. On aurait tort de croire que les contes pour enfants se sont arrêtés au 19e siècle avec Andersen. Moults auteurs s'amusent encore dans cette catégorie. Exemple parmi tant d'autres : Béatrix Beck. Dans ce recueil, l'auteure reprend tous les éléments qui ont fait les contes de mon enfance : princesses malheureuses, fées et lutins, vilains garnements, animaux parlants... Et pourtant, ça ne prend pas. Il y avait quelque chose dans les contes d'autrefois, que vous avez peut-être oublié, mais qui a joué dans le plaisir qu'ils vous ont procuré : on s'y sentait bien. À la fin, la morale était sauve, le conflit réglé, c'était l'apogée du happy end. Chez Beck, que nenni. Elle nous dépeint un monde angoissant, qui ne trouve pas forcément de fin heureuse, quand il y en a même une. À chaque fois que je terminais un conte, la première chose qui me venait à l'esprit, c'était : "Oui, mais alors?" ou "Et?". Si le but de l'écrivain était d'angoisser le peu d'enfants stables qui nous restent dans ce monde de fous, c'est pari gagné. Personnellement, je vais retourner du côté des Frères Grimm ou de Perrault, au moins j'y retrouverai un sens à mon monde.

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18 avril 2010

SUKKWAN ISLAND (Sukkwan Island)

9782351780305Roman de David Vann (2008)
Livres de David Vann déjà lus : aucun

Quatrième de couverture :
Une île sauvage du Sud de l'Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C'est dans ce décor que Jim décide d'emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d'échecs personnels, il voit là l'occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu'il connaît si mal.
La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu'au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin.


Mon avis :
Sukkwan Island est un roman noir, très noir. De ceux qui vous emmènent dans les tréfonds de l'âme humaine. Ici le cauchemar commence dès les premières pages : on sent très bien qu'il y a un truc qui ne colle pas entre Roy et son père. Sentiment d'abandon et d'incompréhension d'un côté, automatismes de vie ratée de l'autre : le cocktail est explosif. David Vann maîtrise avec justesse la tension qui peut naître entre deux personnages, notamment en les confrontant à une nature hostile et étouffante. Ce huis-clos à ciel ouvert met en parallèle la précarité de la vie de nos deux habitants temporaires, et l'aridité des sentiments qui les lient. Car je n'ai jamais lu plus froide relation père/fils. Entre un père qui fait des efforts pour agir, mais qui n'arrive pas à se sortir d'une mécanique de l'échec, et un fils qui a laissé tomber et qui ne cherche qu'à fuir, la communication est impossible.vann
La seconde partie du roman nous emmène encore plus loin. David Vann démonte le processus de deuil, entre le déni, la culpabilisation et la tristesse. Ou comment survivre quand il est déjà trop tard. Peut-on porter le poids de la mort de son fils, quand on sait qu'on n'a pas été capable de l'aimer de son vivant? Le roman ne prétend pas répondre à cette question, mais en pose des douloureuses qui ne laissent pas indemne.

Premières lignes :
On avait une Morris Mini, avec ta maman. C'était une voiture minuscule, comme un wagonnet de montagnes russes et un des essuie-glaces était bousillé, alors je passais tout le temps mon bras par la fenêtre pour l'actionner. Ta maman était folle des champs de moutarde à l'époque, elle voulait toujours qu'on y passe quand il faisait beau, autour de Davis. Il y avait plus de champs alors, moins de gens. C'était le cas partout dans le monde. Ainsi commence ton éducation à domicile. Le monde était à l'origine un vaste champ et la Terre était plate. Les animaux de toutes espèces arpentaient cette prairie et n'avaient pas de noms, les grandes créatures mangeaient les petites et personne n'y voyait à redire. Puis l'homme est arrivé, il avançait courbé aux confins du monde, poilu, imbécile et faible, et il s'est multiplié, il est devenu si envahissant, si tordu et meurtrier à force d'attendre que la Terre s'est mise à se déformer. Ses extrémités se sont recourbées lentement, hommes, femmes et enfants luttaient pour rester sur la planète, s'agrippant à la fourrure du voisin et escaladant le dos des autres jusqu'à ce que l'humain se retrouve nu, frigorifié et assassin, suspendu aux limites du monde.
Son père fit une pause et Roy demanda : Et après?

D'autre avis : Caro[line] Cuné Fashion Victim Lily

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30 mars 2010

LE PREMIER AMOUR

couvRoman de Véronique Olmi (2009)
Livres de Véronique Olmi déjà lus : aucun

Quatrième de couverture :
Une femme prépare un dîner aux chandelles pour fêter son anniversaire de mariage.
Elle descend dans sa cave pour y chercher une bouteille de vin, qu'elle trouve enveloppée dans un papier journal dont elle lit distraitement les petites annonces. Soudain, sa vie bascule : elle remonte les escaliers, éteint le four, prend sa voiture, quitte tout.


Mon avis :
Quand on évoque le genre du road-movie, on imagine un homme relativement jeune, sur une route initiatique vers son destin. C'est à un road-movie à rebours que nous invite Véronique Olmi dans ce roman, le personnage étant une quincagénaire roulant vers son amour de jeunesse. Laissant en plan anniversaire de mariage, mari, famille, veaux, vaches et cochons, Emilie replonge vers son passé et fait le point sur sa vie au volant de sa voiture en direction de l'Italie.
L'auteure nous évoque ses relations attendrissantes avec sa soeur trisomique, personnage haut en couleurs qui n'a jamais su tricher, mais aussi ses rapports moins chaleureux avec sa mère. Une grande part est faite à Dario, objet de convoitises de toutes les jeunes filles, que seule Emilie a su appréhender de manière différente. Personnage mystérieux, il est ici origine et but de ce périple en solo. Emilie reconsidère également sa vie actuelle. A-t-elle fait les bons choix? Peut-on vraiment tout plaquer? Les regards se croisent, celui de sa mère sur l'adolescente qu'elle était et le sien sur ses filles, mais aussi et surtout son regard à elle sur celle qu'elle n'est plus. Véronique Olmi écrit les sentiments sans tomber dans le mielleux, avec finesse et doses d'humour.olmi_R
Et ce voyage nous embarque tellement qu'on n'a pas vraiment envie de voir la fin. Car c'est ici que le roman déçoit. Une fois arrivée en Italie, Emilie se retrouve confrontée à une situation complexe et confuse, entre une femme hystérique dont les motivations ne sont pas très nettes, et un Dario encore plus muet qu'une photo de jeunesse. On en vient à se demander si le souvenir ne prévaut pas sur ce que sont devenus les gens. Laissons les mythes rester dans l'histoire, et ne cherchons pas à revivre le passé.

Premières lignes :
Il suffit parfois d'un rien pour que la vie bascule. Un moment d'inattention au passage clouté. Une grève SNCF. Un nouveau voisin. Une panne d'essence. Une lettre. Un coup de fil dans la nuit.
Ma vie a basculé le 23 juin 2008 à 20h34, à l'instant même où j'ôtais la feuille de papier journal qui protégeait le Pommard qui devait accompagner l'épaule d'agneau qui cuisait au four depuis 26 minutes.
Le Pommard, débarrassé de son journal, n'a jamais été débouché. lLépaule d'agneau n'a jamais été cuite, j'ai eu la présence d'esprit d'éteindre le four avant de m'enfuir en Italie. Et aussi celle d'éteindre les bougies allumées un peu partout dans le salon.

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03 mars 2010

JOURS SANS FAIM

9782290013380FSRoman de Delphine de Vigan (2001)
Livres de Delphine de Vigan déjà lus : aucun

Quatrième de couverture :
Cela s'est fait progressivement. Pour en arriver là. Sans qu'elle s'en rende vraiment compte. Sans qu'elle puisse aller contre. Elle se souvient du regard des gens, de la peur dans leurs yeux. Elle se souvient de ce sentiment de puissance qui repoussait toujours plus loin les limites du jeûne et de la souffrance. Les genoux qui se cognent, des journées entières sans s'asseoir. En manque, le corps vole au-dessus des trottoirs. Plus tard, les chutes dans la rue, dans le métro, et l'insomnie qui accompagne la faim qu'on ne sait plus reconnaître.
Et puis le froid est entré en elle, inimaginable. Ce froid qui lui disait qu'elle était arrivée au bout et qu'il fallait choisir entre vivre et mourir.

Mon avis :
Jours sans faim représente ce que je reproche à la littérature française. Celle-ci, dans sa majorité, ne nous raconte pas des histoires comme savent le faire les anglo-saxons, mais s'évertue à nous décrire des états psychologiques ou à travailler sur les mots plutôt que sur le contenu. Effectivement, le pitch de Delphine de Vigan tient sur un papier-cigarette : il s'agit du séjour d'une jeune fille anorexique dans un centre de rééducation alimentaire. Et pourtant, je dois dire que j'ai été conquis, notamment parce que ce roman sonne juste.
Je ne sais pas si l'auteure a traversé une crise comme celle-ci, et en y réfléchissant, je m'en fous complètement. Il est incroyable à quel point on a l'impression d'avoir compris l'enjeu qui se trame chez ces personnes à la fin de notre lecture. De Vigan décrit avec précision et sobriété comment l'anorexie devient l'identité-même de ces malades, et le cercle vicieux dans lequel ils se sont mis. Car en voulant disparaître, et non mourir (il y a quand même des manières plus radicales, comme le souligne un personnage secondaire du roman), l'anorexie leur a donné une façon de se distinguer et d'apparaître aux yeux des autres. C'est donc sous les illusions d'une force que la protagoniste en est arrivé à cet état de faiblesse mortelle. Or demandez-vous si vous seriez capables de renoncer à ce qui semble vous définir?delphine_de_vigan
Ce court roman est intelligent également car il montre, de manière subtile, à quel point cette maladie concentre la personne sur elle-même, le monde extérieur existant à peine, si ce n'est pour refléter sa propre apparence. Au fur et à mesure que la jeune femme avance sur le chemin de la guérison, inconsciemment elle se rapproche des autres patients, jusqu'au point de nouer de vraies relations. Pas une seule fois le personnage en prend conscience, et pourtant ce rapport semble évident.
Une réussite, donc, que ce roman. Je le rappelle ici, le maître-mot est la justesse. Autant dans l'approche du personnage que dans le cheminement de la guérison. Ce que l'auteure appréhende de façon juste également, c'est le regard que les proches portent sur la jeune femme, d'autant plus qu'il nous est relaté à travers celui de la malade. Reste à découvrir ce que l'écrivain a d'autre à nous proposer, mais nous nous recroiserons.

Premières lignes :
C'était quelque chose en dehors d'elle qu'elle ne savait pas nommer. Une énergie silencieuse qui l'aveuglait et régissait ses journées. Une forme de défonce aussi, de destruction.

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19 février 2010

LILY ET BRAINE

L63297Roman de Christian Gailly (2010)
Livres de Christian Gailly déjà lus : aucun

Quatrième de couverture :
Braine vient de passer trois mois dans un hôpital militaire. Il a été gravement commotionné. Il peut de nouveau lire et écrire son nom. Il va rentrer à la maison. Lily l'attend. Il est de retour. Il arrive. Souhaitons-leur de vivre enfin heureux.

Mon avis :
Il est difficile d'écrire sur un livre qui vous laisse pantois. Il m'est rarement arrivé de tomber sur un auteur dont le style est un vrai repoussoir et m'empêche d'apprécier le contenu (Serge Doubrovsky, je pense à toi!). C'est pourtant ce qui s'est passé avec Christian Gailly. Des phrases courtes, un vocabulaire limité, le minimum syndical. Si certains vont voir là un talent immense pour exprimer ce qu'il y a entre les lignes, je me demande encore quelles étaient les intentions de l'auteur entre la première et la quatrième de couverture.
Alors effectivement, on comprend bien que Braine revient traumatisé de la guerre, qu'il a du mal à ressentir. Mais on peut aussi exprimer l'absence ou le manque avec des mots, pas juste des ellipses et l'évocation d'un quotidien sans intérêt. D'ailleurs on a bien du mal à croire que Lily et Braine se sont aimés avant la guerre. Gailly n'évoque leur idylle de jeunesse qu'avec des clichés de cartes postales, ne donnant que peu de crédibilité à l'enjeu du couple au retour de Braine. Pourtant le cadre s'y prêtait pour nous offrir une histoire intense comme dans les films de Douglas Sirk.gailly_christian
Alors qu'on s'ennuie dans la première du roman, arrive le jazz, passion que l'écrivain a déjà évoqué dans Un soir au club. Jazz, symbole de liberté, fantaisie, émotion... Ben non! Que dalle! Gailly n'arrive toujours pas à nous faire vibrer. S'il pensait nous présenter un buff de free jazz, ce roman prend des tournures de solo de trompette à une note, froide, angoissante, soporiphique.

Premières lignes :
Lily était venue l'attendre à la gare. Elle n'était pas venue seule. Deux autres vivants lui tenaient compagnie. Un enfant et un chien. Un petit garçon de trois ans et un chien du même âge. Le fils de Braine s'appelait Louis. La chienne de Lily s'appelait Lucie.
Louis était un bel enfant aux cheveux d'un blond nordique, presque blancs, avec des yeux bleu clair ombragés par de longs cils, et Lucie une petite chienne, un bâtard de caniche nain femelle, toute noire, frisée comme un mouton, une boule de poils avec des petits yeux ronds marron et une langue rose. Il faisait chaud. C'était vers le 20 juillet.. En plein soleil sur le quai.


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07 février 2010

L'OLYMPE DES INFORTUNES

1049675_gfRoman de Yasmina Khadra (2010)
Romans de Yasmina Khadra déjà lus : aucun

Quatrième de couverture :

L'Olympe des Infortunes est un terrain vague coincé entre une décharge publique et la mer, où se décomposent au soleil des dieux déchus. Il y a Ach le Borgne, qui sait mieux que personne magnifier les clochards ; Junior le Simplet ; Mama la Fantomatique : le Pacha et sa cour de soûlards, et bien d'autres personnages encore, aussi obscurs qu'attachants. C'est un pays de mirages et de grande solitude où toutes les hontes sont bues comme sont tus les plus terribles secrets.

Mon avis :
Je me souviens avoir écrit dans ces pages que j'avais l'impression d'avoir lu L'Attentat de Yasmina Khadra tellement j'avais lu d'avis sur ce roman. Voilà pourquoi je voulais attendre un moment que la frénésie Khadra se dissipe un peu, pour pouvoir appréhender cet auteur, vierge de tout a priori. C'est finalement avec ce roman, L'Olympe des Infortunes, et un peu de hasard, que nous nous rencontrons enfin.
Yasmina Khadra s'essaie ici au conte philosophique, genre que je ne déteste particulièrement, mais qui me laisse pourtant des impressions de ratages. Je pense à L'Alchimiste de Paulo Coelho, qui m'avait laissé pantois d'incompréhension devant le succès et l'éventuel intérêt de l'oeuvre. Et je n'ose évoquer ici ma découverte de La Prophétie des Andes de James Redfield. Bref, même si ce roman peut revêtir des étiquettes qui ne m'inspirent guère, il n'es reste pas moins un roman fort, autant dans son atmosphère, ses décors ou ses personnages.
L'auteur installe sa communauté de clochards dans un univers à la limite du fantastique, post-apocalyptique à la façon de Mad Max, coincé entre une ville lointaine et sublimée en grande avaleuse d'âmes perdues, une décharge publique sous des airs de bas-fonds urbains et la mer, seule échappatoire à la pestilence et à la misère, mais ultime limite du monde humain. C'est dans cet espace confiné que l'on découvre ces sans-abris, qui ont ici élu domicile car la société les a rejetés (ou inversement). Ils ont perdu leur identité officielle pour s'en recréer une autre (chacun porte un sobriquet). Ce sont des hommes abusés et désabusés, qui ne croient plus en ce que le monde, tel qu'il est conçu aujourd'hui, a à leur offrir. Ils sont revenus à un état de vie, sinon primitif, au moins simple, retrouvant les codes qui régissent un univers enfantin. Certains se regroupent en bande sous la houlette du plus fort, d'autres s'éloignent pour savourer leurs plaisirs individuels. Mais cet état non naturel leur rappelle quelques fois qu'ils sont des hommes, et ressurgit alors leur désarroi face à leur condition.photo_yasmina_kahdraParmi ceux-ci, le duo Ach/Junior apparaît comme le plus attachant. Il est difficile de comprendre le rapport qui rapproche les deux hommes, si ce n'est leur peur viscérale de la solitude. Sont-ils vraiment attachés l'un à l'autre, ou sont-ils incapables de voir l'autre partir pour ne pas sombrer dans la folie? Ce roman traite avec justesse, émotion et complexité des rapports humains, d'autant plus forts en parallèle à une situation extrême comme la leur. Loin de tout manichéisme, Khadra nous dépeint deux êtres ambivalents, Junior n'étant pas que le benêt que tout le monde semble voir en lui, et Ach la force de la nature qu'il s'évertue à présenter. Les personnages secondaires, derrière leur fonction  dans la communauté qui n'est autre qu'un repère pour encore exister, camouflent leurs blessures derrière un silence ou une attitude ostentatoires.

La prose de Yasmina Khadra est un tourbillon, oscillant entre la poésie et l'argot. Ses personnages et ses décors hantent l'esprit du lecteur bien après la lecture, nous offrant une aventure extraordinaire dans un quotidien que nous chercherions tous à fuir.

Premières lignes :

 - Regarde pas!

Junior sursaute en pivotant sur ses talons.

Ach le Borgne se tient derrière lui, debout sur un amas de détritus, les poings sur les hanches, outré. Sa grosse barbe s'effrange dans le souffle de la brise.

Junior baisse la tête à la manière d'un galopin pris en faute. D'un doigt désemparé, il se gratte le sommet du crâne.

- J'sais pas comment j'ai échoué ici.

- Ah! oui...

- C'est la vérité, Ach. J'étais en train de me faire du souci en marchant et j'sais pas comment j'ai échoué par ici.

- Menteur! frémit Ach de la tête aux pieds. Tu n'es qu'un fieffé menteur, Junior. Tu mettrais ta langue dans de l'eau bénite qu'elle sentirait le caniveau.

- Je t'assure...

- T'as rien à dire. Quand on est fait comme un rat, on n'essaye pas de se débiner. C'est une question de dignité.

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28 janvier 2010

L'OMBRE DE CE QUE NOUS AVONS ÉTÉ (La Sombra de lo que fuimos)

L63285Roman de Luis Sepulveda (2009)
Livres de Luis Sepulveda déjà lus : Le Vieux qui lisait des romans d'amour (1989), Le Monde du bout du monde (1989), Un nom de torero (1994), Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler (1996), Journal d'un tueur sentimental et autres histoires (1997)

Quatrième de couverture :
Dans un vieil entrepôt d'un quartier populaire de Santiago, trois sexagénaires attendent avec impatience l'arrivée d'un homme, le Spécialiste. Il a convoqué ces trois anciens militants de gauche, de retour d'exil trente-cinq ans après le coup d'état de Pinochet, pour participer à une action révolutionnaire.
Un tourne-disque jeté par une fenêtre au cours d'une dispute conjugale va tout remettre en question, jusqu'au moment où ressurgit dans la mémoire des complices l'expression favorite du Spécialiste : "On tente le coup?"


Mon avis :
Me voici le plus idiot de toute la blogosphère littéraire. Déjà, j'ai annoncé l'année dernière un retour en fanfare qui n'a pas eu la superbe d'un défilé de kermesse, mais en plus je reviens avec un auteur que j'avais banni de ces pages. Mais où ai-je donc la tête? Il n'est pourtant pas question de pari stupide, et encore moins de miracle. Disons que j'ai été invité, sans filiation ni pot-de-vin, à faire partie du jury d'un prix littéraire, et que ce livre est dans la sélection. J'ai donc appliqué ma méthode dite "du sparadrap" : plus vite on s'en occupe, plus vite on l'oublie.

Retour donc à ce livre, dont l'auteur avait hérité du doux sobriquet de "lèche-cul" par mes services. Il semblerait qu'en vieillissant, Sepulveda soit de moins en moins enclin à changer ses méthodes. C'est donc le professeur d'histoire chilienne qui a toute son attention cette fois-ci. L'écrivain a bien brassé le coup d'état de Pinochet et les années qui suivirent au Chili (soit les années 70), et nous régurgite tout de l'intérieur comme si nous l'avions vécu. Peut-être est-ce un problème de l'exportation de la culture, dont certains éléments ne peuvent être appréhendés par des autochtones aussi facilement que par des étrangers. Il en sort tout de même un gloubiboulga de noms, de dates, de lieux, entrecoupés de "Tu te souviens?".Luis_Sep_lveda
Qu'en est-il de l'intrigue? Sepulveda a toujours été un écrivain du souvenir. Dans tous les romans que j'ai lus du Chilien, ses personnages passent d'innombrables pages à se remémorer leur vie passée. Si ce roman, paru à l'aube de sa soixantaine, revêt les préoccupations d'un homme de son âge, j'ai néanmoins l'impression que ces digressions vers le passé masquent un manque cruel d'intrigue. Car l'histoire de vieux de la vieille qui nous font le coup du dernier plan a été usée jusqu'au trognon, et Sepulveda n'arrive pas à y insuffler un vent de nouveauté, ou en tout cas de la fraîcheur. De plus, ce qui peut sembler des hasards chanceux ou des coïncidences heureuses s'avèrent être des facilités scénaristiques qu'on ne pardonnerait pas à un nouveau-venu dans le monde littéraire.
Je ne garderai pourtant pas un avis totalement négatif sur ce dernier opus. Sepulveda distille ici un style narratif efficace, notamment réhaussé par la brièveté du roman qui n'aurait pas nécessité une page de plus. Et même si ce cabot de Chilien ne peut s'empêcher d'insérer ici et là des sorties à la verve pompeuse et du symbolisme trop soutenu, il n'en demeure pas moins que L'Ombre de ce que nous avons été (titre adéquat, une fois n'est pas coutume) reste une lecture relativement agréable, ou en tout cas qui n'a pas eu le don de me provoquer une migraine carabinée comme certaines de ses oeuvres précédentes.

Premières lignes :
Pour nous les vieux, il ne reste plus que Carlitos Santana, se dit le vétéran et il se souvint d'un autre vétéran qui, tout en lui servant du vin quarante ans plus tôt, avait eu la même idée, à une différence près, celle du nom.
- Pour nous les vieux, il ne reste que Carlitos Gardel, à la santé du Morocho, avait alors soupiré son grand-père en regardant avec nostalgie le vin couleur de rubis.
Et c'est tout, se rappela le vétéran. Le lendemain, le grand-père s'était fait sauter la cervelle avec un Smith & Wesson, calibre 38 spécial, un flingue qu'il avait gardé pendant des décennies toujours propre, bien graissé, avec les six projectiles dans le barillet et enveloppé dans un morceau de feutre grenat résistant à l'humidité, aux mites et à l'oubli.

Posté par angelwizzard à 22:03 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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