19 mai 2009
RAISON ET SENTIMENTS (Sense and Sensibility)
Roman de Jane Austen (1811)
Livres de Jane Austen déjà lus : Orgueil et préjugés (1813)
Quatrième de couverture :
Raison et sentiments sont joués par deux soeurs, Elinor et Marianne Dashwood. Elinor représente la raison, Marianne le sentiment. La raison a raison de l'imprudence du sentiment, que la trahison du beau et lâche Willoughby, dernier séducteur du XVIIIe siècle, rendra raisonnable à la fin. Mais que Marianne est belle quand elle tombe dans les collines, un jour de pluie et de vent.
Mon avis :
Je ne sais pas qui est la personne responsable de cette quatrième de couverture, mais elle mériterait d'être lapidée d'oeufs en place publique. Voici comment trahir un roman qui essaie de défendre une théorie inverse au résumé. Car bien sûr, Jane Austen, dans ce roman, joue sur la caricature initiale des deux soeurs : Elinor est un peu trop sage et sensée, Marianne un peu trop émotive et spontanée. Cependant, il ne faut pas beaucoup de temps au lecteur pour se rendre compte que les deux personnages représentent le mélange adéquat pour appréhender l'amour, le vrai, l'unique. D'ailleurs, ces deux soeurs peuvent être perçues comme une ébauche du personnage d'Elizabeth Bennet de Orgueil et préjugés, qui sait si bien évoquer ses sentiments fulgurants avec un recul tout anglican.
Dans Raison et sentiments, Jane Austen raconte donc les déboires des soeurs Dashwood avec leurs amants (au sens obsolète du terme) respectifs. Alors que Elinor s'engage dans une relation si non platonique, du moins "intellectuelle" avec Edward Ferrars, Marianne s'amourache fougueusement du jeune Willoughby, charmeur invétéré vivant chez sa tante. Et autant dire qu'à l'époque, ce n'était pas facile de se trouver un jules. Alors que Ferrars ne veut apparemment pas s'engager pour des raisons mystérieuses, si tant est qu'il soit vraiment amoureux d'Elinor, ce dont elle doute au vu de son manque d'expression sentimentale, Willoughby, lui, ne semble pas vraiment le gendre idéal, profitant de la naïveté de Marianne pour lui promettre monts et merveilles. Et comme habituellement chez Jane Austen, tout le monde va mettre son grain de sel dans ces relations.
J'ai déjà évoqué le style incroyable et inimitable de cet écrivain majeur dans mon billet sur Orgueil et préjugés, je n'y reviendrai pas, l'émerveillement et le plaisir étant intacts. La différence notoire entre ce roman et son successeur, c'est l'aspect urbain de Raison et sentiments. Alors que Orgueil et préjugés se passe exclusivement dans la campagne anglaise, cette oeuvre voit son action se dérouler en grande partie à Londres, milieu grouillant de vie et soumis à un rythme effréné. Austen en profite pour nous peindre une galerie de portraits dont elle seule a le secret, les bassesses de l'être humain étant mis en exergue pour mieux dénoncer un monde empreint de cynisme et d'absurdité. C'est un tourbillon de bals et de rencontres suffocant qui attendent les soeurs Dashwood, comme pour rappeler le tourbillon dans lequel elles se sont engagées en tombant amoureuses. L'introduction de nombreux personnages secondaires peut d'ailleurs devenir une gêne au bout d'un moment pour le lecteur (en l'occurence, moi), arrivant à confondre les amis, les voisins, les notables... Mais l'auteure ne perd jamais le fil de son histoire et le dénouement, qui voit le retour à la campagne tant aimée, ravira les plus romantiques comme les plus sceptiques, Jane Austen ayant toujours le talent de ne jamais tomber dans la mièvrerie. Vivement qu'on se revoit, elle et moi...
Roman lu dans le cadre de la ![]()
Premières lignes :
La famille Dashwood habitait depuis longtemps dans le Sussex. Elle jouissait d'une large aisance et avait établi sa résidence à Norland Park, au centre de ses domaines où ses membres avaient vécu depuis de nombreuses générations et s'étaient attiré l'estime et le respect de tout le voisinage. Le dernier descendant de cette famille était un célibataire, très avancé en âge. Pendant la plus grande partie de sa vie, il avait vécu avec sa soeur, qui gouvernait son ménage. Mais la mort de celle-ci, survenue dix ans avant la sienne, entraîna un grand changement dans sa maison ; pour compenser cette perte, il installa chez lui la famille de son neveu, Mr. Henry Dashwood, l'héritier naturel des domaines de Norland, à qui il se proposait de les léguer.
13 mai 2009
UBIQUITÉ
Roman de Claire Wolniewicz (2005)
Romans de Claire Wolniewicz déjà lus : aucun
Prix Librecourt des Lycéens 2006
Quatrième de couverture :
Adam Vollandier a 33 ans. Comptable à Meulan, c'est un homme ordinaire, sans prétention, à l'étroit dans sa vie. Jusqu'à ce que d'étranges coïncidences se produisent : en quelques jours, on le confond avec un oenologue, un cavalier, un champion de tennis... Il prend alors conscience qu'il peut s'approprier la vie des autres, et dépasser toutes ses limites.
De passage à Paris, il rencontre Rita qui le prend pour Georges Fondel, son ex-petit ami. Adam décide d'endosser cette identité et adopte la vie parisienne pour de bon. Mais il découvre vite que ce Fondel est un escroc qui a disparu sans laisser de trace après avoir volé un tableau au musée d'Orsay. Pris à son propre piège, Adam n'a d'autre choix que d'aller jusqu'au bout...
Mon avis :
Jamais auparavant il nous a été autant donné la possibilité de vivre une autre vie que la nôtre. C'est pourtant le fantasme de beaucoup de gens, voire de tous, au moins une fois. Que ce soit dans les jeux de rôles, la télé-réalité, les jeux vidéos, l'homme a enfin l'illusion qu'il peut quitter sa vie pour celle d'un autre, devenir ce qu'il n'ose être dans la réalité. C'est ce thème résolument moderne que Claire Wolniewicz aborde ici.
Même si le postulat de départ paraît aberrant (du jour au lendemain, Adam est pris pour d'autres personnes), il n'est pas impossible. Moi-même je sais avoir quelques sosies qui traînent par-ci par-là, d'Angers à l'Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer (IFREMER). C'est l'avantage d'avoir une tronche tout ce qu'il y a de banal. Mais plus que la vie d'un autre, la question posée dans ce roman est celle-ci : Si on vous donnait la chance de changer de vie, oseriez-vous la saisir? La réponse n'est pas si évidente qu'il n'y paraît.
C'est pourtant le choix qu'ose faire Adam lorsqu'il rencontre Rita. Rappelons que pour Claire Wolniewicz, Rita est d'abord la Patronne des Causes Désespérées, et assurément, Adam en est une. Existence sans relief, sans surprise, transparente : Adam n'a rien à perdre lorsqu'il s'engage dans cette voie aventureuse. D'ailleurs il serait intéressant de tenter d'expliquer pourquoi chaque fois qu'un personnage de fiction s'ennuie dans sa vie, il est la plupart du temps comptable (banquier et assureur sont les deux professions qui suivent dans l'échelle de chiantitude). Mais le fait que Adam ose changer radicalement de vie n'est pas un fait abrupt et complètement coupé d'événements réels : certains faits amènent à cette décision : ses parents sont décédés et il rencontre une fille. Soit le bouleversement total que rencontre Adam serait-il tout simplement son passage du statut d'enfant à celui d'homme adulte. D'ailleurs son prénom en fait une figure exemplaire, une icône. Car tuer ses parents et rencontrer l'amour, n'est-ce pas ce qui construit l'identité de tout être humain? (Rangez vos flingues, je parle de symbolique!!!).
Là où git le problème, c'est que Adam décide d'emprunter l'identité d'un autre. L'équilibre trouvé est alors rompu. Notre personnage préfère céder au fantasme plutôt qu'à la réalité. C'est ainsi que le roman peut être lu comme le délire schizophrène d'un homme qui perd les pédales. Dans une lecture plus linéaire du texte ,Wolniewicz utilise l'usurpation d'identité pour mieux évoquer notre rapport à soi et aux autres. Qu'est-ce qui me définit? Un nom, une apparence, un passé? ou des décisions, des actes?
Mais n'allez pas bailler en confondant ce court roman avec un essai psychophilosophique. Ubiquité est avant tout un livre divertissant, mêlant humour et péripéties. La dernière partie flirte même dangereusement avec le thriller. Mais quand un roman vous donne à réfléchir, on ne va pas rechigner!
Roman lu dans le cadre du ![]()
Premières lignes :
On était en janvier, un mois blême, tout froid. Adam Volladier allait avoir trente-quatre ans, le quinze mars. À compter de son trente-troisième anniversaire, il avait vécu chaque jour fébrilement, attendant quelque chose, quelqu'un peut-être ; c'était bien à cet âge que Jésus avait accédé au Ciel, l'épanouissement total. Mais pour lui, les cieux étaient restés fermés et oppressants. Au bout de plusieurs mois, épuisé de tant d'espérance, il s'était retranché en lui-même, plus sûrement qu'il ne l'avait jamais fait auparavant. On ne l'y reprendrait plus. Il se sentait vaguement déçu, un peu amer, très bête surtout d'avoir cru à un geste du destin.
03 mai 2009
TEMPUS FUGIT
Recueil de nouvelles de blogueurs (2007)
Quatrième de couverture :
Quel lien existe-t-il entre une pipe en merisier, un amoureux déçu, un rêve d'enfant, l'errance volontaire, Leonard Cohen, la menace de l'orage, un nid de serpents, un bouchon sur l'autoroute, de la peinture desséchée et les endives au jambon? C'est le temps qui passe, détruit, promet, trahit et, surtout, qui influence onze écrivains-blogueurs francophones. Parfois cyniques, toujours poignantes, leurs nouvelles inspirées d'une série d'images abstraites de la photographe makuramis nous transportent dans des vies parallèles si différentes et pourtant si proches.
Mon avis :
Les plus fidèles de ce blog doivent s'en souvenir. Une sorte de malédicition me poursuit. Dès que j'accepte de participer à une opération, que ce soit pour Babélio ou un éditeur dénicheur de critiques à l'oeil, j'ai le don de tomber sur le mauvais livre! Ce qui m'a poussé à choisir celui-ci, c'est tout bonnement la curiosité. Voir ce que des blogueurs peuvent faire quand ils se mesurent à la littérature, celle institutionnalisée dans cet objet qu'on appelle livre. Et comme dit le proverbe populaire, la curiosité est un vilain défaut, et ça m'apprendra!
Le principe même de cette oeuvre me laisse dubitatif. À partir d'oeuvres photographiques abstraites de Makuramis (à écrire normalement avec une minuscule, mais je suis un rebelle!), ces internautes-écrivains en herbe ont été invités à produire une nouvelle sur le thème du temps qui fuit. Déjà que les exercices de style me paraissent assez vains quand ils ont d'autres desseins que de faire marrer le lecteur, mais alors là, c'est la fête du string à paillettes. Comme thème, ils auraient pu râtisser encore plus large en évoquant la condition humaine ou les sentiments, ils auraient pas pu mieux tomber. Parce que franchement, le temps qui passe est une notion que l'on peut déceler dans 99% des oeuvres littéraires déjà écrites. Si en plus vous mélangez ça à un recueil de photos de rouille et de bois usé (j'avoue avoir un goût plus que modéré pour l'art dit "moderne" qui n'engage que moi!), ça nous donne un livre pompeux et d'un intérêt passable. Je ne dis pas que toutes les nouvelles sont désastreuses. Mais il y en a, et j'estime qu'il faut en parler. Disons que j'ai remarqué dans ce recueil une nouvelle à laquelle je n'ai absolument rien compris. De quoi qu'il parle? ça reste un mystère. C'est une suite de mots qui font peut-être joli sur le papier (et surtout dans sa tête), mais soit ce blogueur et moi avons une utilisation très différente du langage, soit il nous a offert un reste de cuite carabinée dont les mots se seraient mélangés comme par enchantement... Il y a toujours des amateurs de ce style intello-expérimental, c'est pourquoi je tairai son nom. Pour les autres histoires, ce sont surtout des nouvelles sous influence qui nous sont proposées. Certains dans le style clichés (peut-on parler du temps qui passe sans évoquer la météo et les saisons? OUI!), d'autre dans le style j'ai-pas-de-style-alors-j'écris-comme-mon-auteur-préféré. J'exagère sûrement, il y a quelques nouvelles qui restent agréables à l'oeil et à l'esprit. Mais la plus grande qualité de ce livre est qu'il arrive à faire ressentir avec force son thème principal. Même si les nouvelles dépassent rarement quatre pages, le lecteur est en connection directe avec le temps qui passe : il S'ENNUIE!
Recueil lu dans le cadre du
, merci à makuramis édition pour l'envoi du livre.
Premières lignes :
Prologue de fort bonne facture
L'histoire commence par une idée fixe. Makuramis, photographe d'art, torture la photographie jusqu'à l'abstraction, dans le but de la libérer de la dictature du sens. Il est temps de re-découvrir la richesse des formes et des couleurs du quotidien. Elle produit des centaines de clichés et de nombreuses séries, dont un thème est récurrent : l'effet du temps qui s'enfuit, "Tempus Fugit".
L'absence de référence figurative transforme ces images en support sur lequel peut librement gambader l'imaginaire, comme autant de tâches de Rorschach issues du réel. Malgré l'absence d'échelle, la réaction naturelle du spectateur est de trouver de quoi il s'agit. Les commentaires sont étonnants et bien souvent très personnels.
Enfin!!!
Hé voilà! J'ai enfin internet à la maison.
Je m'excuse platement de ce long délai d'absence, mais j'ai toujours mis du temps à m'adapter aux choses, et là ma vie est complètement différente de ce qu'elle était il y a encore un an. J'aurais bien pu revenir plus tôt, mais plein de choses à faire m'en ont empêché, dont la peinture de mes murs (qui finalement n'a pas énormément avancé), ma vie sociale débridée, mon club de sport, mes 35h de travail, ménage, vaisselle, courses... toutes ces choses que je n'avais pas sous ma responsabilité avant.
Je tiens à rendre hommage quand même à France Télécom, qui a retardé ma connection internet d'au moins un mois entier. Tant qu'ils ne comprendront pas qu'une personne qui bosse a énormément de mal à être chez elle à 15h en pleine semaine... Enfin bon, je ne vais pas m'énerver encore...
Pas pour eux en tout cas. Par contre, en ce qui concerne mes critiques, je n'ai rien perdu de mes coups de gueule et autres professions de mauvaise foi. Je ne garantis pas des critiques très détaillées, les livres les plus anciens dont je parlerai datent d'il y a cinq mois déjà... Et il y en a 15! Autant dire que j'ai du pain sur la planche.
En tout cas, ça me fait bien plaisir d'être de retour parmi vous. Je remercie toutes les personnes qui sont passées prendre de mes nouvelles et celles qui sont venues de temps en temps guetter le loup dans sa tanière. Ca m'a beaucoup touché.
Mais trêve de blabla! Et place au carnage! :-)
27 février 2009
En passant par là...
Juste un petit coucou pour les gens qui ne m'oublient pas. Ca me touche énormément. Vous me manquez! Dès que j'ai plus de temps, je répondrai à chacun de vous, mes fidèles comme les petits nouveaux. Connexion personnelle à internet imminente. À peu près 15 000 livres à critiquer en retard. On va bien rigoler...
À très, très bientôt!
24 novembre 2008
BIG FISH (Big Fish)
Roman de Daniel Wallace (1998)
Livres de Daniel Wallace déjà lus : aucun
Quatrième de couverture :
He could outrun anybody, and he never missed a day of school. Animals loved him. People loved him. Women loved him (and he loved them back). And he knew more jokes than any man alive.
Now, as he lies dying, Edward Bloom can't seem to stop telling jokes - or the tall tales that have made him, in his son's eyes, an extraordinary man.
Mon avis :
Il y a quelque chose de bien frustrant avec les blogs littéraires. Autant il nous est donné la chance de pouvoir communiquer et partager avec n'importe qui en France (et même dans le monde) sur notre passion commune, autant lorsqu'il s'agit d'assister à une rencontre en chair et en livres, je me sens bien isolé dans mon Finistère sombre et humide du mois de novembre. Alors c'est avec enthousiasme (et une once de culot, il faut bien le dire) que je me suis "incrusté" dans la nouvelle thématique du Club Lire et Délires : le retour aux sources. Une idée qui m'a paru très intéressante, et qui me permettait de lire (enfin!) un roman qui trône sur mes étagères depuis un moment et qui correspondait parfaitement à cette ligne directrice.
Retour aux sources : C'est tout d'abord revenir sur le roman qui a inspiré un de mes films préférés. Effectivement, lorsque le film est sorti début 2004 en France, j'ai mis trois jours à m'en remettre, vivant dans une bulle onirique remplie de jonquilles. Ce film arrivait également pile poil lorsque je travaillais sur mon mémoire de Maîtrise dont le sujet était l'évolution du personnage burtonien à travers son oeuvre. Autant dire qu'il pointait son nez un peu tard pour pouvoir être intégré à mon étude, et pourtant il en aurait été une des étapes les plus importantes.
Je n'ai donc pu lire ce livre que par rapport au film, tellement j'en suis encore imprégné. Et le verdict est sans conteste : Burton gagne haut la main. J'avais du mal à penser qu'un auteur avait la même force créatrice et visuelle que Tim Burton, et effectivement, le réalisateur chouchou de notre époque reste le maître incontesté de l'imagination débridée. À côté de son film, le roman de Daniel Wallace paraît bien fade. La contruction de l'histoire était pourtant intéressante. Racontée sous forme de petits contes, William Bloom retrace la vie de son père alors que celui-ci est sur son lit de mort. Seulement les saynètes évoquées prennent l'allure d'ébauches lorsqu'on a vu ce que Burton en a fait. Il y est souvent question d'un événement extraordinaire raconté comme un fait normal, sobriété déstabilisante après le délire visuel du réalisateur. Et la panoplie de personnages complètement fantasmagoriques du film s'avèrent être des gens tout à fait normaux.
Retour aux sources : Mais l'histoire reste tout à fait intéressante. Alors que son père meurt, William lui reproche de n'avoir jamais parlé sérieusement avec lui. Toute communication se faisait sous forme d'histoire, de blague, de fiction. Et même dans ses derniers jours, Edward Bloom refuse d'ouvrir son coeur à son fils unique. Cependant, en retraçant le mythe qu'est devenu son père, Ed revient à l'origine de son caractère, et de la légende qui s'est créée autour de lui. Et quand un homme cherche à comprendre son père, c'est également pour comprendre d'où il vient lui-même. Il est d'ailleurs intéressant de noter que Tim Burton s'est emparé de ce projet (entre les mains de Spielberg au départ) lorsque son propre père est décédé et qu'il était à quelques mois de devenir papa à son tour. Parce que Big Fish reprend la tradition de ces contes oraux que l'on se raconte de père en fils, et qui jalonne l'histoire des Etats-Unis. On peut d'ailleurs voir dans le personnage d'Ed Bloom une Amérique encore très jeune à la recherche de sa propre culture et de sa propre mythologie (bloom = épanouissement). Le roman de Daniel Wallace reprend d'ailleurs des éléments de L'Odyssée d'Homère et de contes populaires américains. William, comme son pays, est à la recherche de figures héroïques (ici son père) pour mieux se construire.
Retour aux sources : Big Fish a été pour moi l'occasion de relire en anglais. Cela faisait des années que ça ne m'était pas arrivé (hormis les Harry Potter), et pourtant la logique voudrait que je le fasse systématiquement, étant donné mon Niveau Maîtrise LLCE Anglais (j'adore les titres pompeux!). J'ai retrouvé les plaisirs de la lecture en version originale, plus lente forcément que dans la langue maternelle, mais parsemée de réflexions sur "Comment j'aurais traduit ça?" et "Géniale cette image!". Ce fut un peu un voyage dans mes années estudiantines, insouciantes et riches de nouvelles expériences. Parce que le pouvoir de la lecture est aussi là : nous ramener à un autre soi.
Roman lu dans le cadre du Retour aux sources du club
auquel ont participé ALaure, Anjelica, BlueGrey, Choupynette, EtoileDesNeiges, Erzébeth et Yueyin. Une bise à chacune!
Premières lignes :
On one of our last car trips, near the end of my father's life as a man, we stopped by a river, and we took a walk to its bank, where we sat in the shade of an old oak tree.
After a couple of minutes my father took off his shoes and his socks and placed his feet in the clear-running water, and he looked at them there. Then he closed his eyes and smiled. I hadn't seen him smile like that in a while.
Suddenly he took a deep breath and said, "This reminds me."
18 novembre 2008
To be continued...
Ce blog se met en mode - pause - le temps de déménager et d'acquérir à nouveau internet. À bientôt les loulous!
10 novembre 2008
MÉTAPHYSIQUE DES TUBES
Roman d'Amélie Nothomb (2000)
Livres d'Amélie Nothomb déjà lus : aucun
Quatrième de couverture :
Parce qu’elle ne bouge pas et ne pleure pas, se bornant à quelques
fonctions essentielles – déglutition, digestion, excrétion –, ses
parents l’ont surnommée la Plante. L’intéressée se considère plutôt, à
ce stade, comme un tube. Mais ce tube, c’est Dieu.
Le lecteur comprendra vite pourquoi, et apprendra aussi que la vie de Dieu n’est pas éternelle, même au pays du Soleil levant...
Mon avis :
Ne vous fiez pas aux apparences, je ne suis pas en train d'entamer un cycle de littérature belge. Ce billet sur Amélie Nothomb suivant celui sur Benoît Peeters n'est que le fruit du hasard.
Donc Amélie Nothomb : s'il y a bien un écrivain sur lequel j'avais des a priori, c'était bien elle. Personnage médiatique haut en couleur, la seule réflexion qui me venait à l'esprit quand je la voyais apparaître sur le petit écran était : "Mais elle est complètement barge!". Incapable de vous dire si elle était intéressante ou intelligente, tellement son look, ses chapeaux, sa voix, sa gestuelle, ses goûts me laissaient... dubitatif! MAIS, je n'aime pas rester sur un a priori. C'est donc avec plaisir (enfin, un peu plus de curiosité que de plaisir, je dois l'admettre) que j'ai accepté qu'une amie me prête Métaphysique des tubes. Pourtant, j'ai un roman d'Amélie Nothomb qui m'attend sur mes étagères depuis un bon bout de temps (Mercure), mais je savais que la perspective d'avoir à rendre ce livre assez vite me mettrait un coup de pied au cul pour le lire le plus tôt possible.
Comme je vous le disais, pour moi Amélie Nothomb était d'abord une folle, aux névroses égocentrées particulièrement développées. Or, en attaquant ce roman, dès le premier chapitre, je lis que l'auteure parle d'elle en se comparant à Dieu... rien que ça! C'était pas gagné. Or, comme je le disais en débutant ce billet : "Ne vous fiez pas au
x apparences!". Si les premières lignes peuvent paraîtres incongrues, les métaphores trouvent leur cohérence et leur valeur dans l'ensemble du roman. Amélie nous parle de ses trois premières années au Japon, où son père était consul pour la Belgique. Et sa comparaison de l'enfant à Dieu est vraiment pertinente. Premièrement parce que Nothomb est née à une époque où l'on commençait à reconsidérer le rôle de l'enfant, qui est devenu le centre de la famille à la place du couple de parents. L'écrivain démontre avec subtilité comment un enfant prend le pouvoir face à des adultes qui sont en adoration devant elle, situation d'autant plus amère quand on sait les erreurs et les dérives que les nouvelles éducations ont engendrées (notamment son comportement à la limite de la tyrannie envers sa gouvernante Nishio-san). Mais également parce que l'enfant est réellement considéré comme un petit Dieu avant ses quatre ans dans la tradition japonaise. D'ailleurs Métaphysique des tubes regorge de petites anecdotes sur les us et coutumes de nos amis nippons qui sont passionnantes, comme la symbolique de la carpe ou la fête réservée aux petits garçons. L'écriture de Mademoiselle Nothomb est vive, intelligente, ironique et poétique à la fois. À travers les yeux d'un enfant, c'est le bouleversement de la vie du Japon d'après-guerre qui nous est décrite, notamment dans les rapports entre Nishio-san et Kashima-san. On peut ressentir l'ombre de Marcel Proust planer sur ce récit d'enfance. En tout cas, il aura fallu beaucoup moins de pages à Amélie Nothomb pour raconter sa genèse.
Premières lignes :
Au commencement il n'y avait rien. Et ce rien n'était ni vide ni vague : il n'appelait rien d'autre que lui-même. Et Dieu vit que cela était bon. Pour rien au monde il n'eût créé quoi que ce fût. Le rien faisait mieux que lui convenir : il le comblait.
Dieu avait les yeux perpétuellement ouverts et fixes. S'ils avaient été fermés, cela n'eût rien changé. Il n'y avait rien à voir et Dieu ne regardait rien. Il était plein et dense comme un oeuf dur, dont il avait aussi la rondeur et l'immobilité.
05 novembre 2008
ET SI C'ÉTAIT NIAIS ?
Roman de Pascal Fioretto (2007)
Livres de Pascal Fioretto déjà lus : aucun
Quatrième de couverture :
Printemps 2007. Alors que la rentrée littéraire approche, Christine Anxiot n'a toujours pas remis son manuscrit annuel. Son éditeur déclenche une enquête sur l'inexplicable disparition, mais les enlèvements d'écrivains continuent. Dans les milieux feutrés de l'édition s'engage alors une impitoyable chasse à l'homme de lettres...
Mon avis :
Vous avez envie de foutre des baffes à Christine Angot? Frédéric Beigbeder vous horripile? Vous pensez que Marc Levy et Anna Gavalda feraient mieux de se cantonner aux modes d'emploi de stylos Bic? Alors ce livre est fait pour vous. Avec un plaisir manifeste, Pascal Fioretto se fout ouvertement de tous les auteurs qui squattent notre petit écran et dont chaque oeuvre crée un événement médiatique dont le contenu n'est pas toujours (voire rarement) à la hauteur du nombre d'exemplaires vendus. Il ne s'agit pas ici d'essayer de faire mieux qu'eux (Peut-on battre Bernard-Henri Levy ou Frédéric Beigbeder sur le terrain de la fiction auto-nombrilisée?), mais bien de les parodier pour faire rire le lecteur. Car disons-le franchement : si le sous-titre de ce roman est "Pastiches", à savoir une imitation minutieuse d'un style, l'auteur se prend surtout à grossir les traits de nos têtes à claques préférées pour en montrer le ridicule. Je dois avouer que certaines de ces parodies (chaque chapitre étant consacré à un écrivain différent) m'ont plus amusé que d'autres. Les parties dédiées à Christine Anxiot, Mélanie Notlong et Anna Galvauda sont particulièrement savoureuses ; je me suis même surpris à pleurer de rire lorsque la copie de Christine Angot menace quiconque ose se trouver sur son chemin de le "dénoncer dans son prochain roman". D'autres chapitres, comme ceux reprenant le style de Marc Levy ou de Jean-Christophe Grangé, grossissent les tics littéraires qui opposent souvent les fans aux détracteurs. Soit la niaiserie sans limite de Marc Levis, les détails outrageusement dégueu de Jean-Christophe Rangé, mais aussi le mysticisme à deux sous de Bernard Werbeux, les logorrhées sans fin de Jean d'Ormissemon, le laconisme incroyable du héros de Fred Wargas, l'ego et le condescendance démesurés de Denis-Henri Lévi et j'en passe.
On est quand même très loin du chef d'oeuvre avec Et si c'était niais?. Notamment à cause du parti pris même du livre. Changer de ton et de style à chaque chapitre implique un agaçant manque de cohérence dans l'histoire. C'est un peu comme un film avec Leslie Nielsen. On a beau rire (ou pas) à tous ses gags, on a souvent du mal à se souvenir de l'intrigue, qui pourtant pourrait tenir sur un post-it coupé en quatre. L'autre raison pour laquelle ce livre m'a énervé au dernier moment, est l'épilogue du roman, dans lequel Fioretto se dédouane totalement de sa démarche. Oser dire qu'il les a parodiés parce que, finalement, il les aime bien, ça m'a soûlé. On ne s'aventure pas dans ce genre de projet avec la peur de se voir un procès collé au cul. Soit on assume sa part de méchanceté, soit on écrit comme Marc Levy, mais sérieusement. D'autant plus que c'est renier ce qui va motiver les lecteurs à acheter ce livre, et c'est louper une superbe campagne de pub si, effectivement, Et si c'était niais? avait emmerdé l'une de ses victimes.
Je dirai donc à M. Fioretto : Faites-nous rire, mais ne vous excusez surtout pas d'être drôle!
Ils en parlent aussi : Amanda LVE
Premières lignes :
Barbès Vertigo
Denis-Henri Lévi
L'eau glacée sur mon visage finit de me ramener à la réalité. Peu à peu, je vis se redessiner les contours de l'endroit où je me trouvais. Dans un coin sombre de la pièce, devant une étroite fenêtre, l'écran de mon ordinateur portable luisait dans la pénombre jaune.
Combien de temps "cela" avait-il duré, cette fois? Combien d'heures étais-je resté absent à moi-même, à ma mission, à cette vigilance de chaque instant à laquelle je m'astreins inlassablement, nuit et jour, depuis tant d'années? Oui, combien? Je n'en avais pas la moindre idée. Il n'y avait pas d'horloge dans ma mansarde miteuse et j'avais laissé ma montre Bréguet, cadeau de Marek Halter, en sécurité chez moi.
Chez moi! Ces deux mots me semblèrent soudain irréels. Chez moi, c'était ici et maintenant. C'était là-bas et nulle part. J'étais partout chez moi. Mais, en cet instant précis, j'étais de l'Autre Côté. Dans cet ailleurs, si loin et si proche, au-delà du fleuve.
29 octobre 2008
LA BIBLIOTHÈQUE DE VILLERS
Roman de Benoît Peeters (1980)
Livres de Benoît Peeters déjà lus : aucun
Quatrième de couverture :
Venu à Villers pour y conduire une enquête sur des crimes vieux de plus de cinquante ans, le narrateur se trouve entraîné, presque malgré lui, dans la plus angoissante des aventures. Plusieurs meurtres vont se produire coup sur coup dans cette ville où le temps semble s'être assoupi. D'abord simple spectateur, le narrateur se trouve soudain mêlé à cette affaire incompréhensible et dont l'étau, cependant, se resserre progressivement autour de lui...
Mon avis :
La Bibliothèque de Villers est un petit livre curieux. Un roman intéressant à découvrir, et passionnant à relire. Il s'agit ici moins d'un roman policier classique que d'un jeu avec le lecteur. Ce court récit est suivi, dans l'édition ici présente, du texte Tombeau d'Agatha Christie, dans lequel Peeters analyse et dissèque le style et l'univers d'Agatha Christie (oui, encore elle!). Il y explique notamment les rapports qui se créent entre le lecteur et les romans de Dame Agatha, les enjeux et la manipulation dont elle doit faire preuve pour appeler l'émotion du lecteur pile poil quand il faut, mais aussi la façon dont la romancière construit ses romans, pour mieux le piéger tout en lui faisant croire qu'il a une longueur d'avance (pauvre ignorant...). C'est en application à sa thèse que Peeters écrit La Bibliothèque de Villers, dans lequel il illustre ses propos. Le résultat est un court roman passionnant et intriguant, qui laisse plus de questions que de réponses après sa lecture. Pourtant, tout dans le livre est sous nos yeux, depuis le départ, pour que nous puissions deviner le coupable - puisqu'il s'agit tout de même d'un roman policier.
En terme d'intrigue, La Bibliothèque de Villers est un polar de facture classique, un peu succinte et même, osons le
dire, un peu pauvre et déjà vu. Cependant, là ne réside aucunement l'intérêt du roman. Comme je le disais au début, l'ouvrage de l'écrivain belge est à prendre comme un jeu. Le moindre détail est à considérer comme un indice. Comme le souligne la quatrième de couverture, le temps semble s'être arrêté sur la ville de Villers, en cet hiver pendant lequel va séjourner notre narrateur. Cette impression est en partie dûe à la neige omniprésente pendant la totalité de l'intrigue, mais également dans les champs lexicaux qu'utilise l'écrivain. Le héros poursuit ses aventures au sein d'un monde en noir et blanc. Contraste créé entre la neige et la nuit, me direz-vous. Et pourtant, pas une seule couleur n'apparaît au sein du texte entier. Que ce soit pour décrire les repas du narrateur : jambon blanc et café, pain noir et camembert, raie au beurre noir et plat de riz, oeufs en neige et délicieux chocolats, mais également dans les oiseaux évoqués (cygnes ou merles) ou la description des personnages (une Nigérienne/un commissaire Weiss [blanc en allemand]), cheveux très noirs/blancheur de la voix pour Albert Lessing, le bibliothécaire. L'autre motif récurrent est le chiffre 5. À quelques exceptions près, ce nombre définit la totalité des mesures qui régissent l'intrigue, la plus belle occurrence étant l'adresse de la pension dans laquelle séjourne le narrteur : 5 rue du 5 mai (05/05). Mais ne vous arrêtez pas en si bon chemin. Prêtez attention aux noms propres, des personnages aux toponymes géographiques. Faites gaffe aux dates et aux durées qui séparent chaque épisode. Souvenez-vous de ce que chaque personnage fait, dit, pense... Benoît Peeters régale les fans de romans policiers qui ont le plaisir d'une lecture participative au polar. Jamais un roman ne m'a fait autant joué le rôle d'un détective. Et là-dessus, l'écrivain ose une mise en abyme des plus savoureuses, lorsque le bibliothécaire souhaite que le livre qu'il est en train d'écrire reste à jamais sans fin... Arriverez-vous à en trouver une à celui-ci avant de devenir fou? Et si je vous disais que tous les indices apparaissent déjà dans ce billet?...
Elle en parle aussi : Lily (Merci de me l'avoir prêté!!!)
Premières lignes :
Il est près de minuit lorsque j'arrive à Villers. Depuis plusieurs minutes déjà, par la fenêtre de mon compartiment, je peux voir défiler, régulièrement alignées, les petites maisons sans caractère construites en grande série pour loger les familles ouvrières qui forment la majeure partie de la population. Epuisé par ces deux journées de voyage et la nuit blanche qui en a résulté, je n'ai, en sortant de la gare sale et mal éclairée, qu'un seul désir : dormir. Je descends au "Cheval blanc", le premier hôtel que j'aperçois. Quelques minutes sont nécessaires pour que le patron émerge de sa somnolence et me conduise en maugréant à une chambre assez miteuse où je m'endors presque immédiatement.

