L_Encyclop_die_du_mauvais_go_tEssai d'Hervé Depoil et François Quenouille (2007)
Livres d'Hervé Depoil et François Quenouille déjà lus : aucun

Quatrième de couverture :
Le mauvais goût est universel et envahissant. Il fait pousser des "Aaaarggh!" et des "Beurk!". Il nous horrifie, nous pollue la vie ou nous met en joie : en un mot, il titille notre quotidien.
Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, avec autant d'humour que de mauvaise foi, des auteurs français s'attaquent à ce vaste sujet en publiant une Encyclopédie du mauvais goût.
De A comme Art contemporain à Z comme Zombies en passant par les bondieuseries, le prout, les champions de la gonflette, la téléréalité, le Grand Concours de l'Eurovision, le tuning, la famille royale en Grande-Bretagne, les supporters de foot, les nains de jardin, les ratés de la chirurgie esthétique, les zizis sauteurs, les concours de bouffe et les films de John Waters (sans oublier les pékinois), Hervé Depoil et François Quenouille recensent tout ce qui défie notre sens de l'esthétique.

Mon avis :
"Que le goût soit bon ou mauvais, cela n'a aucune importance, car il est toujours bon pour les uns et mauvais pour les autres. Peu importe la qualité, c'est toujours du goût". Marcel Duchamp
Ne vous inquiétez pas. je ne cherche pas à étaler mes petites connaissances ni à donner un aspect plus pompeux à mes billets en faisant des citations. C'est juste que ces dires de Marcel Duchamp se trouve en exergue de ce livre, dont les auteurs n'ont pas vu qu'ils tuaient leur projet de l'intérieur dès le départ. Effectivement, quand on parle de mauvais goût, on a tous des exemples qui nous viennent en tête, dans tous les domaines. Seulement là ou certains ne dénonceront que le moche ou le cradingue, d'autres tendront vers la bassesse humaine ou les dérives de notre société. Dans cet ouvrage qui se veut exhaustif, et qui pourtant reste bien en-deça de ce qui pouvait être dit, les auteurs ont décidé de limiter leur champ de travail à la culture populaire, évitant soigneusement les sujets épineux qui pourtant auraient étayé leur thèse de manière plus probante.
Soyons clairs dès le départ : cette encyclopédie est d'abord un objet de divertissement. Pourtant, et bien qu'il arrive au lecteur de sourire de temps à autre, il semble bien que les auteurs n'aient pas cerné les subtilités du mauvais goût et de ses emplois. Si l'on peut être d'accord avec l'apparition dans ces pages des vierges en céramique montées sur coquillage, des Yorkshires habillés dernière mode ou des émissions de Jerry Springer, les voir croiser dans le même livre les oeuvres de Salvador Dali, de Marcel Duchamp, du Professeur Choron ou de John Waters démontre que Hervé Depoil et François Quenouille n'ont pas compris la démarche de certains artistes, qui utilisent le mauvais goût pour en dénoncer ses excès dans la culture populaire, ou mieux pour mettre un miroir grossissant sur les travers de la société occidentale. Par son manque de recul évident, l'ouvrage nous empêche de faire la part des choses, et en devient un exemple de ce qu'il tend à dénoncer lui-même. Ce livre est en effet d'un goût douteux. Pur produit marketing sorti un mois avant Noël, et donc espérant profiter de la débauche commerciale des fêtes de fin d'année, L'Encyclopédie du mauvais goût est une tentative de balancer les autres en étant deux fois pire. Aussi peut-on reconnaître à Hara-Kiri ou Jan Bucquoy une démarche de création que nos deux compères aux noms adéquats (là encore, outil marketing?) ne peuvent prétendre revendiquer. Bref, un livre qui aurait gagné à s'appeler "Un exemple de mauvais goût".

Premières lignes :
Le mauvais goût est mystérieux : est-ce une maladie ou une preuve d'inculture? Utilisé comme repoussoir, a-t-il des effets thérapeutiques? Peut-on en guérir? Le dictionnaire donne cette définition du goût : "Faculté de discerner et d'apprécier le bon, le beau, les qualités et défauts d'une oeuvre."
Si le bon goût est à la portée de n'importe quel crétin friqué et bien conseillé, le mauvais goût est universel. N'importe qui - vous peut-être, nous, certainement - en est doté. Le plus souvent, on l'ignore. On croit même faire preuve d'un goût très sûr en posant sur la télé une gondole qui clignote, en achetant ses bagages chez Vuitton, en appréciant les disques de Richard Clayderman, en portant des T-shirts Von Dutch, en dépensant des milliers d'euros à personnaliser notre bagnole façon tuning ou en aimant les films produits ou signés par Luc Besson. Ce n'est qu'en croisant le regard averti et moqueur d'un détenteur du Bon Goût Universel que l'on est pris d'un doute affreux.