Ubiquit_Roman de Claire Wolniewicz (2005)
Romans de Claire Wolniewicz déjà lus : aucun
Prix Librecourt des Lycéens 2006

Quatrième de couverture :
Adam Vollandier a 33 ans. Comptable à Meulan, c'est un homme ordinaire, sans prétention, à l'étroit dans sa vie. Jusqu'à ce que d'étranges coïncidences se produisent : en quelques jours, on le confond avec un oenologue, un cavalier, un champion de tennis... Il prend alors conscience qu'il peut s'approprier la vie des autres, et dépasser toutes ses limites.
De passage à Paris, il rencontre Rita qui le prend pour Georges Fondel, son ex-petit ami. Adam décide d'endosser cette identité et adopte la vie parisienne pour de bon. Mais il découvre vite que ce Fondel est un escroc qui a disparu sans laisser de trace après avoir volé un tableau au musée d'Orsay. Pris à son propre piège, Adam n'a d'autre choix que d'aller jusqu'au bout...


Mon avis :
Jamais auparavant il nous a été autant donné la possibilité de vivre une autre vie que la nôtre. C'est pourtant le fantasme de beaucoup de gens, voire de tous, au moins une fois. Que ce soit dans les jeux de rôles, la télé-réalité, les jeux vidéos, l'homme a enfin l'illusion qu'il peut quitter sa vie pour celle d'un autre, devenir ce qu'il n'ose être dans la réalité. C'est ce thème résolument moderne que Claire Wolniewicz aborde ici.
Même si le postulat de départ paraît aberrant (du jour au lendemain, Adam est pris pour d'autres personnes), il n'est pas impossible. Moi-même je sais avoir quelques sosies qui traînent par-ci par-là, d'Angers à l'Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer (IFREMER). C'est l'avantage d'avoir une tronche tout ce qu'il y a de banal. Mais plus que la vie d'un autre, la question posée dans ce roman est celle-ci : Si on vous donnait la chance de changer de vie, oseriez-vous la saisir? La réponse n'est pas si évidente qu'il n'y paraît.Claire_Wolniewicz
C'est pourtant le choix qu'ose faire Adam lorsqu'il rencontre Rita. Rappelons que pour Claire Wolniewicz, Rita est d'abord la Patronne des Causes Désespérées, et assurément, Adam en est une. Existence sans relief, sans surprise, transparente : Adam n'a rien à perdre lorsqu'il s'engage dans cette voie aventureuse. D'ailleurs il serait intéressant de tenter d'expliquer pourquoi chaque fois qu'un personnage de fiction s'ennuie dans sa vie, il est la plupart du temps comptable (banquier et assureur sont les deux professions qui suivent dans l'échelle de chiantitude). Mais le fait que Adam ose changer radicalement de vie n'est pas un fait abrupt et complètement coupé d'événements réels : certains faits amènent à cette décision : ses parents sont décédés et il rencontre une fille. Soit le bouleversement total que rencontre Adam serait-il tout simplement son passage du statut d'enfant à celui d'homme adulte. D'ailleurs son prénom en fait une figure exemplaire, une icône. Car tuer ses parents et rencontrer l'amour, n'est-ce pas ce qui construit l'identité de tout être humain? (Rangez vos flingues, je parle de symbolique!!!).
Là où git le problème, c'est que Adam décide d'emprunter l'identité d'un autre. L'équilibre trouvé est alors rompu. Notre personnage préfère céder au fantasme plutôt qu'à la réalité. C'est ainsi que le roman peut être lu comme le délire schizophrène d'un homme qui perd les pédales. Dans une lecture plus linéaire du texte ,Wolniewicz utilise l'usurpation d'identité pour mieux évoquer notre rapport à soi et aux autres. Qu'est-ce qui me définit? Un nom, une apparence, un passé? ou des décisions, des actes?
Mais n'allez pas bailler en confondant ce court roman avec un essai psychophilosophique. Ubiquité est avant tout un livre divertissant, mêlant humour et péripéties. La dernière partie flirte même dangereusement avec le thriller. Mais quand un roman vous donne à réfléchir, on ne va pas rechigner!

Roman lu dans le cadre du 27680148_p

Premières lignes :
On était en janvier, un mois blême, tout froid. Adam Volladier allait avoir trente-quatre ans, le quinze mars. À compter de son trente-troisième anniversaire, il avait vécu chaque jour fébrilement, attendant quelque chose, quelqu'un peut-être ; c'était bien à cet âge que Jésus avait accédé au Ciel, l'épanouissement total. Mais pour lui, les cieux étaient restés fermés et oppressants. Au bout de plusieurs mois, épuisé de tant d'espérance, il s'était retranché en lui-même, plus sûrement qu'il ne l'avait jamais fait auparavant. On ne l'y reprendrait plus. Il se sentait vaguement déçu, un peu amer, très bête surtout d'avoir cru à un geste du destin.