Vie_et_mort_de_la_jeune_fille_blondeRoman de Philippe Jaenada (2004)
Livres de Philippe Jaenada déjà lus : Le Chameau sauvage (1997)

Quatrième de couverture :
Eternel adolescent trentenaire, le narrateur promène son vague à l'âme de bistros en dîners mondains. C'est chez Alice et Paul, des hôtes fortunés et alcooliques, qu'il entend parler un soir de Céline, leur fille toxicomane et probablement prostituée. Et si elle n'était autre que la Lolita décomplexée qui l'a jadis initié aux plaisirs du sexe?
Dès lors, il n'a plus qu'une idée en tête : se lancer à la recherche de Céline. Comme si, malgré le temps passé, la nostalgie, la déchéance, il allait pouvoir retrouver, en même temps que le souvenir lumineux de sa jeunesse, un sens à sa vie.


Mon avis :
Le hasard de mon calendrier de critiques veut que je vous parle maintenant de ce roman, que j'ai lu il y a maintenant un petit moment, dans le cadre de l'Aristochat des mois de juin et juillet. (2008, je précise pour les mauvaises langues qui penseraient que j'ai plus d'un an de retard dans mes billets. J'ai beau être lent, je ne suis pas non plus complètement amorphe!) À l'époque, j'étais donc à la découverte de Philippe Jaenada, et j'ai lu ce roman juste après Le Chameau sauvage. Il me sera donc difficile de ne pas faire de comparaison. Donc autant ne faire que ça! ;-)
Ce qui frappe au premier abord, c'est la similitude entre les deux livres : deux rectangles de 17,8cmx11cm rempli de pages blanches avec plein de mots dedans qui forment des phrases, rangées en chapitres. Ces chapitres sont à chaque fois oragnisés dans un ordre précis et cohérent pour... Bon, là, n'allez surtout pas croire que j'essaie de meubler pour occulter le fait que je ne me souviens plus du tout de ce roman! Non non, c'est juste que... euh...
Donc, ces deux romans se ressemblent, ou en tout cas permettent au lecteur d'esquisser l'univers de Jaenada. Les deux histoires sont bâties autour d'un protagoniste relativement oisif, en attente d'un but auquel il pourrait consacrer sa vie. Oui, il ne faut pas croire que les oisifs oisent juste pour le plaisir. En général, il leur manque juste un truc à faire. Dans ces deux romans, c'est l'amour qui sera l'objet de leur quête. Alors que Le Chameau sauvage était une évocation de l'amour avec un grand A, ici l'anti-héros se met à la recherche de celle qui fut son premier amour, ou en tout cas de celle qui lui permit de découvrir la sexualité. Cela va souvent de paire. Mais pas toujours! (enfin là n'est pas le débat) Si l'évocation du passé et des souvenirs est un thème nouveau par rapport à son premier roman, Jaenada revient tout dePhilippe_Jaenada même sur la notion des illusions que l'on se fait sur les personnes, et le contraste avec la dure réalité. Car ses personnages sont tout d'abord de grands rêveurs, qui ont un rapport bien particulier avec le monde qui les entourent, et un sac matelot. Les deux romans abordent aussi la question métaphysique du hasard et du destin. À la question "Halvard et Pollux étaient-ils faits pour se rencontrer ou est-ce le fruit d'heureuses circonstances?", Vie et mort de la jeune fille blonde fait echo avec "Le narrateur était-il amené à revoir Céline?". L'auteur a la délicatesse de ne pas répondre à ces interrogations, auxquelles le lecteur apportera les théories qui lui conviennent.
Dans Vie et mort de la jeune fille blonde, on retrouve également l'humour particulier de l'écrivain. Si les épisodes à se tordre de rire sont moins nombreux, il n'en demeure pas moins une scène de concours de baffes à se pisser dessus. D'ailleurs, la scène entière du dîner qui fait office d'introduction au roman, et dont la longueur nourrit le sentiment d'aller on-ne-sait-trop-où, est un véritable spectacle absurde et barré, présentant des personnages secondaires cocasses comme seul Philippe Jaenada sait nous les dépeindre. Cet humour est toujours teinté d'amertume, amenant le lecteur à traverser les sourires aussi bien que les coups de blues, à compatir pour des personnages abîmés par la vie. Car la magie de Jaenada est d'avoir le talent de raconter la vie, telle qu'elle est.

Ils en parlent aussi : Lilly, Livrovore et Zaph, Thom

Premières lignes :
Un dimanche soir de l'année dernière, au début de l'automne, mes amis Muratti ont organisé un grand dîner dans leur maison du XIVe arrondissement, à Paris. Mon sac matelot à l'épaule, je marchais dans l'impasse obscure qui conduisait chez eux. Ils organisaient de petits dîners tous les soirs de la semaine, et de grands dîners cinq ou six fois par mois. Lorsqu'ils se sentaient vraiment seuls, perdus sur la terre qui tourne (souvent le dimanche soir, mais parfois aussi le lundi, ou le jeudi, car la terre tourne tout le temps).
J'en avais marre, de ces dîners, c'était toujours à peu près pareil. Même dans la violence, le désordre et l'imprévu, c'était toujours à peu près pareil. J'y allais surtout parce que je n'avais rien d'autre à faire, parce que j'étais trop faible pour refuser, je voulais leur plaire, et parce que ces soirées me donnaient l'impression (fausse) de vivre des choses étranges - j'avais besoin de repères au fond, je m'ennuyais (chez eux comme ailleurs). Pourtant, ce soir-là, le ciel allait me tomber sur la tête, et me rentrer dans le corps.