Aventures_d_Olivier_TwistRoman de Charles Dickens (1838)
Livres de Charles Dickens déjà lus : De grandes espérances (1861)

Quatrième de couverture :
Olivier Twist est un feuilleton criminel d'une noirceur concentrée.
Un angélique orphelin échappe aux sévices que les institutions charitables de l'Angleterre victorienne réservent aux enfants abandonnés pour tomber dans les plus fangeux cloaques des bas-fonds londoniens. L'apprentissage précoce du vice et du crime y est de règle pour échapper à la misère et à la faim. On n'oubliera guère, après les avoir croisés, ni l'abominable Bumble ni le ténébreux Fagin, cette saisissante préfiguration des gibiers de bagne qui hanteront
Les Misérables de Victor Hugo.

Mon avis :
Mise à part Jane Austen, je trouve que la blogosphère littéraire manque cruellement de classiques, ces romans qu'on imagine tous faisant 4500 pages de descriptions et qu'on nous oblige à lire et à scruter au moindre mot à un âge où très peu de nous sommes capables de les apprécier. Aussi me suis-je laisser tenter par le challenge de Fashion Victim qui nous invite à découvrir des classiques. Premier de ma liste (oui, au mois d'août, j'accuse un certain retard!), Oliver Twist, le roman le plus célèbre de Charles Dickens, et l'un des 5 romans britanniques les plus célèbres au monde.
Tout le monde connaît peu ou prou l'histoire de ce jeune orphelin, à qui la vie a décidé de ne pas ménager les tendres années. Orphelinat, employeurs tortionnaires, pègre de Londres... Les premières années d'Oliver seront un vrai cauchemar. Ce roman est d'abord paru sous forme de feuilleton entre 1837 et 1839, et cela a une grande importance dans la structure même du livre. Voulant multiplier les morceaux de bravoure et attirer la pitié de ses lecteurs, Dickens enchaînent les scènes misérables et les moments de trêve, faisant passer son public de la campagne pauvre anglaise aux bas-fonds de la capitale. Ce qui ressort de cette construction, c'est un effet de répétition de scènes, un peu lassant, où on se dit qu'accumuler autant de malchance pendant quelques mois, c'est un peu gros, ou du moins un amasCharles_Dickens de pathos un peu inutile. Oliver aligne les rencontres maléfiques, tout le monde semble souhaiter son malheur sans raison apparente, tel un Christ sans mission. D'ailleurs il arrive souvent que l'on quitte notre jeune victime pendant plusieurs chapitres pour se pencher un peu plus sur les personnages qui l'entourent, et on se dit que c'est tant mieux. Car la plus grosse faiblesse d'Oliver Twist s'avère être... Oliver Twist lui-même, un personnage peu crédible dans sa politesse et sa naïveté dans un monde où rien ni personne ne lui a montré qu'il avait une raison de croire en l'être humain. L'orphelin a toujours l'attitude juste, apparaît comme une simple victime sans véritable crédibilité psychologique, qui semble se laisser embarquer par les situations sans vraiment réfléchir. Soit transparent! Un gamin tellement serviable et mièvre qu'on en viendrait presque à se dire qu'il mérite ce qui lui arrive.
Mais là n'est pas l'intérêt principal de ce roman. Si Dickens a choisi d'utiliser un enfant comme protagoniste de son histoire (et Olivier Twist fut l'un des premiers romans à le faire), c'est pour mieux créer un contraste avec son projet premier, soit de mettre au piloris tous les défauts de la société anglaise du XIXe siècle. En cela, le roman est un véritable carnage. Tous les adultes du roman en prennent pour leur grade, représentant chacun une classe sociale ou une institution. En premier lieu, Fagin, l'un des personnages les plus passionnants de la littérature, représentant la vie souterraine et criminelle de Londres, est une figure tout en folie et en séduction, qui fascine le lecteur. Personnage maléfique par excellence, n'ayant ni histoire, ni ancrage social, il est le véritable héros de ce roman et donne à lui seul la tonalité noire et cynique qui font que cette oeuvre marquent les esprits. Fagin est la cruauté même, le vice incarné, un dandy parmi les pariats. Mais les pauvres ne sont pas les seuls à se faire épingler par Dickens, loin s'en faut! L'auteur brocarde avec délectation et humour sombre les institutions de son époque, comme à travers le personnage de Mr. Bumble, directeur de l'orphelinat, être ridiculement cupide et bête, à qui le moindre pouvoir lui donne des ambitions de grand homme. Dickens s'acharne tellement sur ce personnage qu'il en fait l'élément le plus comique du roman. Mais l'auteur n'oublie pas non plus de dénoncer le travail des enfants, les conditions de vie dans les orphelinats, le puritanisme des habitants de Londres, la noirceur de l'âme humaine et l'attachement à l'image. Dans un style vif et précis, foisonnant d'images, Dickens utilise un humour incisif et sans concession pour dépeindre une société vue pas en-dessous, loin des drames bourgeois qui constituaient les grande majorité de la production littéraire de l'époque.

Elle en parle aussi : Isil
Ce roman a été lu dans le cadre du challenge Fashion_Klassik_List

Ce roman a été maintes fois adapté au cinéma. Citons parmi les plus célèbres adaptations :oliver_twist1
oliver_twist- Oliver Twist de Frank Lloyd (1922), avec dans les rôles principaux Jackie Coogan, Lon Chaney et James A. Marcus
- Oliver Twist de David Lean (1948), avec dans les rôles principaux John Howard Davies, Alec Guinness et Robert Newton
- Oliver! de Carol Reed (1968) avec dans les rôles principaux Mark Lester, Ron Moody et Oliver Reed
- Oliver & Compagnie (1988) par les studios Disney
- Oliver Twist de Roman Polanski (2005) avec dans les rôles principaux Barney Clark, Ben Kingsley et Jeremy Swift


Premières lignes :
Au nombre des édifices publics d'une certaine ville, qu'il sera pour mainte raison plus prudent de s'abstenir de nommer, et à laquelle je me refuse de donner un nom imaginaire, s'en trouve un que possèdent en commun, depuis fort longtemps, la plupart des villes, petites ou grandes, à savoir : un asile ; et dans cet asile naquit, un jour d'une année que je ne prendrai pas la peine de citer, étant donné que cela ne saurait avoir la moindre importance pour le lecteur, du moins au cours de cette première phase des événements, le fragment d'espèce humaine dont le nom est placé en tête du présent chapitre.
Pendant une longue période à partir de l'instant où il fut introduit par le chirurgien municipal dans notre monde de tristesse et de tourments, la question de savoir si l'enfant vivrait assez pour porter un nom quelconque resta l'objet de doutes considérables ; dans la négative, il est plus que probable que ce récit n'eût jamais été publié ; ou que, s'il l'avait été, ne comprenant que deux pages, il eût possédé l'inappréciable mérite d'être l'exemple le plus concis et le plus véridique de l'art biographique de toutes les littératures de tous les temps et de tous les pays.